‹ De la religion (volume 3)Chapitre 66 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

était de verser le ridicule sur la religion; parmi les incrédules, disons- nous, CoUins, Tindall, Woolston , et plus tard Toulmin , n'occupent qu'un rang subalterne. Nous passons à dessein Hobbes sous silence : la religion lui paraissait un moyen de tyrannie, et il la ménageait sans y croire. Il ne peut être considéré comme son ami, car il la déshonore; ni comme son ennemi, car il la recommande. Toland doit tout son mérite à Spinosa.Shaftesbury, Bolingbroke, Cherbury et Hume, sont les seuls écrivains de cette classe qui aient une valeur réelle; mais ils ont aussi tous les défauts des philosophes français, la déclamation, les épigrammes, l'amertume, les insinuations malveillantes, les récits altérés sans scrupule, ou mutilés avec artifice.

Dans son histoire naturelle de la religion, Hume a apporté beaucoup d'esprit, peu de connaissances approfondies, une ironie assez habile par son apparente douceur, une plaisanterie souvent piquante; mais son ouvrage n'en est pas moins très -indigne de la gravité du sujet.

Gibbon a gâté son érudition immense, ses recherches infatigables, la finesse souvent re-

marquable de ses aperçus, et l'impartialité qu il s'impose quand la partialité serait devinée, par une adresse quelque fois perfide, lorsqu'il croit pouvoir l'employer impunément , par une absence complète de sympathie avec l'enthousiasme, condition sans laquelle on est incapable de décrire une religion naissante, et par une révoltante indifférence pour le courage et le malheur.

Thomas Payne n'a fait que reproduire dans un style trivial et souvent grossier, la métaphysique superficielle du baron d'Holbach. Par une erreur trop commune, il a cru voir dans la religion une ennemie de la liberté qu'il chérissait sans la bien comprendre; et comme il exagérait les principes de l'une, il a méconnu la nature de l'autre.

Godw^in, bien plus profond et plus ingénieux que Payne dans le développement d'idées politiques, parfois chimériques, ne s'élève guère au-dessus de lui quand il écrit sur la religion. Dominé par les préjugés d'une philosophie vulgaire, on dirait qu'il abdique la pénétration qui lui est habituelle, et, dans ses attaques contre un sentiment qu'on ne peut détruire , il semble ignorer le cœur humain

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