‹ De la religion (volume 3)Chapitre 67 sur 152 · LIVRE I , CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE VI

qu'il décrit ailleurs avec une fidélité remarquable.

Le dogme, et l'incrédulité brutale ou jfrivole, se partagent donc aujourd'hui encore les esprits en Angleterre; mais ni le dogme ni l'incrédulité ne parlent à l'ame, et l'essence de la religion ne réside ni dans les subtilités de l'un ni dans les abstractions de l'autre.

En examinant attentivement la disposition religieuse des deux pays sur lesquels nous venons de diriger nos regards , on pourrait remarquer une certaine analogie; mais il faut l'observer de près pour la découvrir : les sectaires anglais sont gênés dans l'agitation religieuse qu'ils ressentent, par la lettre du dogme dont ils voudraient ne pas s'écarter. La génération qui s'élève en France est arrêtée dans le besoin religieux qu'elle commence à éprouver, d'un côté , par une tradition d'incrédulité qui est devenue une espèce de dogme philosophique dont cette génération n'ose encore s'affranchir, et de l'autre, par l'alliance fâcheuse de la religion et de la politique. Ces causes entravent chez nous et chez nos voisins le développement du sentiment religieux.

L'Allemagne protestante nous offre un spec-

go DE LA RELIGION.

tacle plus satisfaisant. Les Allemands ont le grand mérite , ou le grand bonheur, de reconnaître presque tous une vérité fondamentale, sans laquelle on ne découvre rien de vrai, on n'établit rien de bon. Cette vérité, c'est que tout est progressif dans l'homme. Aucune de ses notions ne reste au même point; elles se développent malgré les résistances, se font jour à travers les obstacles; et, à la fin de chaque espace de temps un peu long, elles se trouvent avoir subi des modifications, reçu des améliorations essentielles.

De toutes les vérités, celle-ci est la plus repoussée en France. Nous, avons une certaine satisfaction de nous-mêmes, qui nous fait croire que, précisément à tel moment donné, nous sommes arrivés à la perfection , et que , désormais, il faut que l'espèce humaine s'arrête et nous admire.

Les Allemands , moins contents d'eux dans le présent, moins envieux de leurs successeurs dans l'avenir, savent que chaque génération est placée comme un point dans la vaste série des choses humaines, pour profiter de ce qui a été fait , et pour préparer ce qu'il y a à faire. Les formes sociales, politiques, religieuses.

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