LIVRE I, CHA.PITRE VI. 9I
leur paraissent ce qu'elles sont, des secours indispensables à l'homme , mais qui doivent se modifier quand lui-même se modifie ; et cela seul est une excellente donnée pour juger de la religion.
Une circonstance particulière a contribué depuis cent ans à les confirmer dans cette disposition , et à les faire avancer dans cette route.
Le protestantisme était autrefois en Allemagne ce qiLil est encore aujourd'hui en Angleterre , une croyance aussi dogmatique que le catholicisme dont les réformateurs s'étaient séparés. Les ministres des deux communions dissidentes oubliaient que leurs chefs n'avaient pu justifier leur réforme, qu'en proclamant la liberté des opinions en matière de culte. Par une inconséquence absurde et cruelle , dont au reste leurs premiers modèles leur avaient donné l'exemple, ils s'indignaient des bornes que voulait tracer l'église romaine; mais ils se prétendaienth-autorisés à en poser de non moins arbitraires. Ils réclamaient la liberté pour eux et la refusaient à leurs ennemis. Ils déclamaient contre l'injustice et le ridicule de l'intolérance, et ils s'en servaient.
qa DE LA RELIGION.
Frédéric II monta sur trône. La littérature de son pays était dans l'enfance. Il accorda toutes ses faveurs à des lettrés français. Ces lettrés, si l'on excepte Voltaire, qui ne put vivre long - temps dans une atmosphère de protection et de dépendance , étaient médiocres et subalternes, comme tous les écrivains qui condescendent à former le cortège du pouvoir. Race vaniteuse et ambitieuse d'effet , ils avaient fondé leur renommée en France sur une incrédulité superficielle et dénuée de cet esprit d'investigation sérieuse qui , suivant qu'on envisage la question , motive ou excuse l'incrédulité. Appelés à une cour étrangère, ils portèrent avec eux, comme des artistes, cette incrédulité , portion obligée de leur bagage , instrument de leurs succès. Le christianisme se vit en butte à des assauts continuels de la part du monarque philosophe , de ses flatteurs dociles et de ses imitateurs empressés. Tous les côtés qui paraissaient faibles furent exposés sansHnénageraent; toutes les légendes furent livrées au plus amer ridiculq^
A ces lettrés français, audacieux par ordre, impies par culte pour le pouvoir, se joignirent quelques littérateurs allemands , bien supé-