‹ De la religion (volume 3)Chapitre 69 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE VI. g · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI. g

rieurs à leurs tristes modèles. De là naquit cette école de Wieland en vers , de Nicolaï en prose; et Lessing lui-même, que nous rougirions de comparer sous le rapport de la bonne foi , de l'érudition et du génie , aux marquis d'Argens et aux Lamettrie, sembla quelquefois s'en rapprocher. Les vexations de l'autorité dans plusieurs principautés allemandes fournissaient aux adversaires de la religion plus que des prétextes. Des professeurs dénoncés pour leurs opinions , des prédicateurs poursuivis pour hétérodoxie, indiquaient le besoin de plus de liberté intellectuelle ; et l'odieux des persécutions rejaillissait sur les idées que les persécuteurs prétendaient venger. Mais l'esprit allemand , méditatif par nature , trop grave pour être long-temps distrait par des plaisanteries , trop plein de candeur pour sacrifier à des applaudissements ce qui lui semblait -vrai, le caractère allemand enclin à l'enthousiasme et ne trouvant de bonheur dans la religion comme dans l'amour, que par l'exaltation et la rêverie , répugnaient l'un et l'autre à des doctrines arides, tranchantes, devenues dogmatiques , et n'alléguant pour preuves que des sarcasmes dont tout homme

équitable sentait l'injustice, et des faits que tout homme instruit savait n'être pas exacts.

En conséquence , beaucoup de défenseurs de la croyance menacée se présentèrent. Par une suite de la liberté que Frédéric laissait aux écrits , les nouveaux apologistes de la religion plaidèrent sa cause chacun à sa manière. De là , des dissidences essentielles , bien qu'inaperçues , entre ces soldats d'une armée sans chef.

Les uns s'attachèrent à l'ancien système et l'appuyèrent, comme ils le purent, sur ses colonnes ordinaires , les miracles et les prophéties.

Les autres , renonçant à ces ressources , se restreignirent à la partie purement morale, et jetèrent dans une sorte de lointain obscur, la partie historique , traditionnelle , et surtout miraculeuse.

Ceci néanmoins ne se fit pas tout-à-coup. Cette marche n'était qu'une retraite honorable , où l'on n'abandonnait les différents postes que successivement , et pour pouvoir mieux garder les autres. Ce qui se nomma plus tard des perfectionnements , semblait alors des sacrifices.

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