LIVRE I , CHAPITRE VI, q
Mais Frédéric II étant mort , l'autorité adopta sur la religion un système contraire à celui de ce prince. Elle voulut réunir sous une bannière commune les théologiens épars. Ceux qui refusèrent d'entourer cette bannière furent en butte aux reproches des hommes restés fidèles aux dogmes antiques. On leur fit un crime de leurs transactions, et voilà que leurs sacrifices leur furent imputés comme apostasie. Les partis exagérés sont en religion comme en politique; des édits de persécution parurent dictés par des spectres et émanés du fond d'un sérail.
Beaucoup d'auxiliaires zélés du christianisme furent de la sorte déclarés ses ennemis. Ils n'acceptèrent point ce titre ; et de leurs efforts pour le repousser, combinés avec l'impossibilité où ils étaient de reprendre les doctrines qu'ils avaient , sinon désavouées , du moins délaissées, se forma un système dans lequel se trouve , obscur et informe , le germe d'une idée que nous croyons éminemment juste.
L'homme , dans ce système , sorti des mains de la suprême puissance, a été guidé par elle dès ses premiers pas. Mais le créateur a pro-
portionné ses secours à la position et aux facultés de ses créatures. La religion juive a conduit les Hébreux j usqu'aii moment où elle a réussi à les rendre susceptibles d'une croyance plus épurée. Le christianisme alors a remplacé la loi de Moïse. La réformation a mis le christianisme d'accord avec les lumières d'un siècle postérieur. D'autres améliorations viendront un jour réformer encore la réforme (33).
Nous laissons de côté le surnaturel admis par ce système, surnaturel restreint, qui doit mécontenter les dévots et déplaire aux philosophes. Mais nous pensons qu'il contient, comme nous l'avons dit, le germe d'une pensée neuve et importante : nous la développerons toiit à l'heure. Achevons ici de rechercher dans quel état religieux se trouve l'Allemagne.
Le système que nous venons d'exposer est consolant et noble. Il n'aurait plus qu'un pas à faire pour écarter de la religion cette tendance étroite et hostile qui suppose la vérité un don du hasard ou du caprice , et condamne à des peines éternelles ceux qui, sans leur faute, ont été privés de cette vérité (34).
Mais indépendamment de l'absence de toutes les preuves historiques , métaphysiques et