‹ De la religion (volume 3)Chapitre 7 sur 152 · PREFACE. XV · texte numérisé non relu

PREFACE. XV

excommunie des doctrines politiques, aucun ne voudrait voir entre les mains de Léon XII les foudres que Grégoire VII lançait contre les trônes; et à l'instant où nous écrivons, une corporation, jadis redoutable, et qu'on croyait regrettée, vient d'être éloignée des états d'un prince sur lequel probablement elle avait fondé de grandes espérances. Ayons confiance au temps, et ne nous exagérons pas l'épaisseur des nuages que deux vents opposés rassemblent et que deux vents opposés doivent disperser.

Rien de ce que nous avons pu dire du pouvoir immense des corporations tliéocratiques de l'Inde, de l'Ethiopie, ou de l'Occident, ne peut donc, avec la meilleure intention du monde et le talent le plus exercé d'interprétation, être travesti, par . aucun de nos lecteurs , en attaques contre les prêtres des communions auxquelles

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nous devons du respect oomme citoyens , ou des égards comme protestants.

Notre censure contre le sacerdoce de quelques polythéismes a été même bien moins amère que le jugement porté contre lui par les pères de l'église ou par les théologiens qui ont marché sur leurs traces. Nous avons quelquefois adouci la rigueur de leurs arrêts; nous avons indiqué le bien relatif qu'ont pu faire les ministres d'un culte erroné, parce que, en fait de sentiment religieux, l'erreur, à notre avis, vaut mieux que l'absence.

Notre disposition à cet égard nous aurait peut-être attiré, il y a un siècle, des reproches d'une nature très-différente. On nous eût probablement fait un crime de trop d'indulgence; et ce serait, à ce qu'il nous semble, un acte impolitique et irréfléchi , dans les prêtres d'un culte qui règne, que de déclarer qu'ils font cause

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commune avec les organes d'un culte renversé.

Quant aux portions de blâme qui, indépendamment des croyances , des époques , et de la forme des institutions , pourraient rejaillir sur le sacerdoce de toutes les religions , il sera évident à quiconque sait lire et comprendre, que ce blâme ne pourrait aujourd'hui être mérité que par des individus qui méconnaîtraient les attributions de leur ministère.

Les brames voudraient verser de l'huile bouillante dans la bouche de tout profane qui ouvre les Vèdes, tant ils redoutent l'instruction du peuple, et ce qu'ils appellent l'indiscipline, résultat de l'instruction ! Certes , en dévoilant cette politique étroite et as|^cieuse , nous ne blessons en rien un clergé qui réclame l'honneur d'avoir puissamment favorisé la renaissance des lettres; et s'il existait des individus

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qui proscrivissent les moyens de répandre les connaissances danà toutes les classes, et d'améliorer les citoyens en les éclairant, ce clergé désavouerait avec nous ces brames ressuscites.

Les prêtres de Méroé ôtaient à leurs rois la couronne, ou les mettaient à mort. En nous élevant contre ces pontifes régicides, nous ne scandaliserions que ceux qui feraient du trône le marchepied de l'autel.

Les mages déclaraient à Cambyse que ses volontés étaient au-dessus des lois. Notre réprobation de cette alliance du sacerdoce et du despotisme n'atteint point une église au nom de laquelle Fénélon , Massillon, Fléchier, n'ont cessé de répéter aux monarques que les lois élaient le fondement et la limite de leur puissance.

Ces explications nous ont paru nécessaires. Historiens fidèles, nous n'avons dé-

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nature aucun fait, ni sacrifié à des considérations secondaires aucune véi'ité.*Nous avons tâché d'oublier, en écrivant , le siècle, les circonstances et les opinions contemporaines. C'est à cette détermination, scrupuleusement observée, que nous avons dû le genre de courage qui nous était de tous le plus difficile, celui de nous séparer, sur des questions d'une haute importance , de beaucoup d'hommes dont nous partageons d'ailleurs les principes, et dont nous honorons le noble caractère.

Frappés des dangers d'un seiy;iment qui s'exalte et s'égare, et au nom duquel d'innombrables crimes ont été commis, ces hommes sont en défiance des émotions religieuses, et voudraient leur substituer les calculs exacts , impassibles , invariables , de l'intérêt bien entendu. Cet intérêt suffit, disent-ils, pour établir l'ordre et faire respecter les lois de la morale.

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