LIVRE I, CHAPITRE VII. Io
pide dans ses tragédies se rend l'organe de l'irréligion naissante.
Si, comme il est dans la nature des choses, la chute de la croyance vieillie est retardée par des institutions, cette prolongation factice ne produit pour l'espèce humaine qu'une existence de pur mécanisme, durant laquelle tout semble privé de vie. L'enthousiasme et la croyance délaissent la religion. Il n'y a plus que des formules , des pratiques et des prêtres.
Mais cet état forcé a aussi son terme. Une lutte s'élève, non-seulement entre la religion établie et l'intelligence qu'elle blesse , mais entre cette religion et le sentiment qu'elle ne satisfait plus.
Cette lutte amène la troisième époque , l'anéantissement de la forme rebelle; et de là les crises d'incrédulité complète, crises désordonnées et quelquefois terribles , mais inévitables, quand l'homme doit être délivré de ce qui ne lui serait désormais qu'une entrave. Ces crises sont toujours suivies d'une forme d'idées religieuses, mieux adaptée aux facultés de l'esprit humain , et la religion sort plus jeune , plus pure et plus belle de ses cendres.
lo6 DE LA. RELIGIOW.
Dès l'état le plus brut, l'homme suit cette marche; mais il rencontre sur sa route des obstacles de différents genres. Parmi ces obstacles, il y en a d'intérieurs, et il y en a d'extérieurs.
Les obstacles mtérieurs sont d'abord son ignorance, puis l'empire de ses sens, la domination des objets qui l'entourent , son égoïsme, et enfin , sous quelques rapports , une portion de sa raison même.
Il y a dans la raison séparée du sentiment une partie matérielle, si l'on peut ainsi parler, qui s'oppose à tous les élans de l'ame (87).
Nous avons vu plus haut qu'elle ne pouvait rendre compte d'aucune de nos émotions intimes. L'appliquer , dans sa sécheresse et avec ses bornes, à la religion, c'est appliquer l'arithmétique à la poésie. On la dénature et on la fausse, quand on la sort de sa sphère. Elle nous montre bien , dans notre route quotidienne, les rochers qui nous heurteraient , les abymes où nous tomberions : mais tournée vers le ciel, elle n'est plus qu'un flambeau terrestre qui nous dérobe la splendeur des astres (38).
Les obstacles extérieurs sont les calamités qui,