‹ De la religion (volume 3)Chapitre 82 sur 152 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des précautions que la nature de nos recherches nous oblige de prendre.

L LUsiEURS précautions nous seront indispensables pour atteindre le but que nous nous sommes proposé dans cet ouvrage.

L5 première sera de distinguer les époques des diverses religions.

Une nation n'a pas, à la fin d'un siècle, la même croyance qu'au commencement; bien qu'elle adore les mêmes divinités, elle n'en conserve pas 4ong-temps les notions uniformes.

En entrant dans la civilisation, les peuples reçoivent une impulsion qui ne s'arrête plus : mais l'es changements sont imperceptibles. Aucun signe visible ne les indique. L'extérieur d'une religion reste immuable , lors même que la doctrine se modifie. Le liom seul des dieux ne varie pas, et c'est une cause nouvelle d'erreur.

Dans l'esprit de beaucoup de lecteurs assez instruits , le nom de chaque mythologie retrace un ensemble d'opinions dont ils ne démêlent pas les dates. La religion d'Homère et celle de Pindare leur paraît parfaitement semblable, et retrouvant sur les bords du Tibre les mêmes acteurs célestes que sur les rives du Simoïs, ils s'imaginent encore que le chantre d'Achille et celui d'Enée ont décrit une religion à peu près pareille (47)*'

H n'en est rien. Les dieux de l'Iliade, loin d'être ceux des poètes romains , ou des lyriques et tragiques grecs, ne sont pas même exactement ceux de l'Odyssée. Les dieux de la Grèce n'ont en commun avec ceux d'Ovide et de Virgile , que le nom et quelques fables dont la signification avait changé. Leur caractère moral, leurs relations avec les hommes à ces deux époques , n'ont aucun rapport.

Jusqu'ici, l'on a plutôt recueilli qu'apprécié les témoignages. L'on a cité presque indifféremment sur la religion grecque Homère et Virgile, Hésiode et Lucien. L'on a même consulté avec confiance, sur les époques les plus reculées de cette croyance, des mythologues tout-à-fait modernes , ou dés philosophes dont

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