LIVRE I, CHAPITRE IX
ont commencé par le théisme et l'allégorie, et qu'ils ont fini par le fétichisme : la première des divinités Scandinaves s'appelle Alfadur ^ All-Vater, Père de tout, nous dit -on; puis viennent Odin et ses deux frères. Les Nornes ou Parques sont d'abord au nombre de trois, et président d'une manière générale au passé, au présent et à l'avenir. L'allégorie n'est pas méconnaissable , mais ensuite elle se perd. 11 y a autant de Nornes que d'hommes; les Nornes deviennent les fétiches des individus. Cette progression serait inexplicable , si lious l'acceptions comme on nous la présente. Mais elle sera facile à concevoir, quand nous aurons montré qu'elle a et* V^co.ntée ainsi par les prêtres ou drottes, qui chez les Scandinaves s'étaient emparés d'une très-grande puissance.
De même dans le polythéisme grec , les divinités cosmogoniques , Chronos ou le Temps , Rhée,le Ciel, l'Érèbe, la Nuit, l'Océan, la Terre, précèdent en apparence les divinités réelles.
Il est essentiel d'avoir ces observations présentes à l'esprit dans la lecture de cet ouvrage. Sa nature ne nous permettait pas de rapporter tous les faits, d'entrer dans tous les détails
indispensables pour démontrer combien est fondée chacune des distinctions que nous avons établies entre les diverses époques des croyances : mais ceux qui nous lisent avec le désir de trouver la vérité , doivent se demander, lorsqu'ils penseront avoir à nous opposer quelque fait particulier, si ce fait n'aurait pas été introduit dans la religion dont il fait partie postérieurement à l'époque à laquelle on le rapporte, et repoussé ensuite par une adresse usitée, ou par une méprise commune, vers une époque antérieure ; quel est le premier auteur qui a rapporté ce fait; de quelle date est cet auteur, et s'il n'a pas confondu les opinions de son temps ou ses propres conjectures avec des opinions plus anciennes.
Une seconde précaution que nous aurons à prendre sera d'écarter les explications scientifiques que nous ont offertes sur les anciens cultes plusieurs savants distingués. Les travaux de ces érudits ont été sans doute d'une grande utilité. Ils ont répandu beaucoup de lumières sur des portions peu connues de l'histoire des temps reculés. Ils ont éclairci plusieurs questions essentielles. Ils nous ont offert des con jectures souvent intéressantes , quelquefois