LIVRE I,- CHAPITRE IX
probables. Aucune vérité n'est à dédaigner. La solution de plus d'un problème qui semblait minutieux et dont l'investigation paraissait puérile, a jeté un jour inespéré sur des objets de la plus haute importance. La science est toujours salutaire, comme l'ignorance est toujours funeste.
Cependant ces érudits, nous oserons le dire, ont commis une erreur grave.
La religion n'a été pour les uns que la représentation symbolique de l'agriculture, pour les autres que celle de l'astronomie, pour d'autres encore que des faits historiques défigurés par les traditions, ou des allégories méconnues par l'ignorance. Sous un certain rapport, toutes ces explications ont quelque chose de vrai. Chez toutes les nations de la terre , une classe d'hommes plus ou moins puissante a cherché â faire de la religion le dépôt des connaissances humaines. Mais conclure de là que la religion fut inventée pour renfermer ce sens mystérieux, et que les opinions populaires n'ont été que des déguisements ou des dégradations de cette doctrine , c'est tombei' dans une erreur aux conséquences de laquelle il est impossible d'échapper. Les fables reli-
laS DE LA RELIGION,
gieuses ne sont devenues que par degrés des hiéroglyphes, à l'aide desquels la classe instruite a enregistré ses calculs, ses observations sur les faits , ou ses hypothèses sur les causes.
L'erreur des savants ne vient pas de ce qu'ils ont prêté à la religion un sens scientifique, mais de ce qu'ils ont cru pouvoir le placer avant le sens populaire ou littéral. Au lieu de considérer la religion comme un sentiment, ils l'ont envisagée comme une combinaison : au lieu d'y reconnaître une affection de l'ame , ils l'ont voulu transformer en une œuvre de l'esprit. Au lieu de voir la nature, ils n'ont vu que l'art. Comme si cette erreur fondamentale ne leur eût pas suffi , chacun a choisi l'une de ces hypothèses pour en faire l'unique source de la religion. De la sorte , un système déjà défectueux par sa base, est devenu chimérique et forcé dans tous ses détails (S^). L'on a compté pour rien les penchants les plus naturels de l'homme : l'on a révoqué en doute les témoignages les plus positifs de l'antiquité. L'on a rejeté à la fois ce que l'étude de nousmême nous révèle et ce que l'histoire nous apprend.