LIVRE I, CHA.PIÏIIE IX
Ouvrez le Monde primitif , vous n'y trouverez ni le sentiment de cette piété profonde et mâle, de cette conviction intime et sérieuse qui caractérise les Romains, ni la connaissance des événements qui , en introduisant dans ce culte des fêles nationales, en avaient fait un principe de patriotisme politique autant que de vénération religieuse. La fuite du roi des sacrifices , fuite évidemment commémorative de l'expulsion des Tarquins (58), en même temps que liée à des traditions sacerdotales empruntées du dehors, devient exclusivement la fuite du soleil au déclin de l'année. Jupiter Stator est le même soleil qui s'arrête. La Fortune des femmes cesse de rappeler l'ambassade de Véturie : l'auteur la transforme d'abord en une fête à la Victoire, sous prétexte qu'elle retraçait une victoire de la piété filiale ; puis cette victoire devient le triomphe remporté par le soleil sur l'hiver. Les Juvénales, que Néron fonda (69) le jour où, pour la première fois , il se fit couper la barbe pour célébrer cette grande époque, en offrant en spectacle l'empereur du monde comme histrion et comme chanteur (60), est un emblème du renouvellement des saisons (61). Ainsi, défigu-
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rant tout, les érudits sont arrivés , portant chacun son étendard favori (62), à la suite duquel ils traînaient des faits captifs, sous des travestissements bizarres (63). L'un a vu partout le déluge où l'autre a reconnu le feu. Celuici retrouvait des mois où son successeur démêlait des dynasties (64)- Nul n'a poussé la subtilité et l'audace en ce genre aussi loin qu'un homme (65) qui semble néanmoins avoir décidé des idées en France sur cette matière, et pour qui tous les dieux et tous les héros, depuis Osiris jusqu'à Mahomet, n'ont été que le soleil et. les astres. L'agriculture, l'astronomie, l'histoire, la métaphysique, l'allégorie surtout, de quelque nature qu'elle ait pu être, ont été postérieures à la religion. Elles en sont devenues des parties, mais n'ont jamais pu en être la base. Elle les a reçues dans son sein, mais ne leur a pas dû son existence. L'on a inséré dans toutes les religions des systèmes scientifiques; mais d'un système scientifique l'on n'a point fait une religion (66).
Ces systèmes , d'ailleurs , admis qu'ils étaient dans le culte , n'ont jamais eu de relation directe avec les effets moraux des croyances. Ils n'ont jamais été , pour ainsi dire, en circula-