LIVRE I, CHAPITRE IX. l3ï
tion. La |)ortion la plus allégorique de la religion grecque, celle qui traitait de l'origine du monde, des Titans, de Prométhée, était celle dont le peuple s'occupait le moins. Les * divinités allégoriques ne jouent presque aucun rôle dans la religion nationale. Uranus , "^ l'Océan , Saturne, ne sont des objets ni d'espérance, ni de crainte, ni d'invocation. Hérodote paraît ignorer ce qu'Homère avait entendu par l'Océan , tant les personnifications cosmogoniques étaient peu mêlées aux opinions habituelles (67J. Jamais il n'est parlé de la Colère, ou de la protection des êtres de cette classe f68). Leurs fêtes sont d'un tout autre genre que celles des divinités régnantes. Ce sont des cérémonies qui n'ont d'autre but qu'une commémoration sans résultat, et qui ne supposent aucune influence réciproque des dieux sur les hommes ou des hommes sur les dieux. Que la mutilation d'Uranus soit une allégorie; qu'un philosophe, probablement antérieur aux Grecs , ait voulu représenter de la sorte la cessation de la force productrice , cessation qui datait du commencement de l'ordre, parce qu'en soumettant les générations à une reproduction successive, la nature semble re-
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noncer à la création de formes nouvelles ; qu'il ait attribué cette mutilation à Chronos , le temps , parce que l'idée du temps est inséparable de celle d'une succession fixe et régulière ; qu'Hésiode , qui avait recueilli de toutes parts des dogmes sacerdotaux, pour les introduire dans la religion grecque, ait ensuite revêtu cette allégorie de couleurs poétiques, rien de plus vraisemblable. Mais quel effet moral ou politique cette allégorie pouvaitelle avoir sur le peuple de la religion duquel elle faisait partie (09) ?
Il n'est pas douteux que dans la langue astronomique de la religion romaine Pan, ne représentât le soleil. Mais si dans le culte public ce dieu n'était qu'une divinité subalterne, maligne dans ses intentions , grotesque dans ses formes, l'objet de la gaieté du peuple, plutôt que de sa crainte ou de son adoration , qui ne sent que le Pan astronomique n'avait aucun rapport avec la religion nationale? Qu'importe qu'Hercule soit le soleil , et ses douze travaux le zodiaque; que les querelles de Jupiter et de Junon , que les amours de Mars et de Vénus soient des systèmes de physique, si la nation qui rend hommage à ces divinités voit en elles