LIVRE I , CHAPITRE IX. I
des êtres réels de qui dépend sa destinée , et si dans les récits qu'on lui fait de leurs actions elle ne cherche que les moyens de se les rendre propices?
Ce que nous 'disons ici ne tend nullement, nous le répétons, à déprécier d'utiles travaux. Il est désirable, sans doute, de pénétrer le sens mystérieux des cultes anciens. Mais la découverte de ce sens mystérieux fût-elle assurée , ne suffirait nullement pour nous les faire connaître sous les rapports les plus essentiels. La masse des hommes prend la religion comme elle se présente; pour elle, la forme est le fond (70). C'est dans la lettre des mythologies que se remarquent presque uniquement les progrès de la morale et les modifications successives que les religions subissent. Les allégories et les symboles peuvent rester les mêmes à toutes les époques, parce qu'ils expriment des idées qui ne varient pas. Les fables populaires changent , parce qu'elles expriment des idées qui varient (71).
Ainsi , pour choisir un exemple qui soit connu de tous nos lecteurs, la colère d'Apollon contre les Grecs commence par s'appesantir sur les animaux , pour frapper ensuite les
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hommes. Il est clair que le poète veut décrire ia marche des ravages de la peste. Ovide (72) a pu aussi bien qu'Homère, et tout poète moderne, qui ferait usage de la mythologie ancienne, pourrait, aussi bien • qu'Ovide , employer cette allégorie pour désigner ce phénomène physique; mais la fable populaire, c'est-à-dire , celle qui se rapporte au caractère d'Apollon , aux motifs qui le dirigent , est nécessairement subordonnée aux changements qui ont lieu dans la morale de la religion. Si les dieux sont purement égoïstes, comme dans le polythéisme de l'Iliade, la colère du soleil se motivera sur ce qu'on ne lui a pas offert assez de sacrifices, ou sur ce qu'on a offensé l'un de ses prêtres (78). Si au contraire la morale fait une partie principale de la religion, ce qui doit arriver dans une civilisation plus avancée, le poète racontera que le dieu était irrité contre l'armée à cause de ses crimes (74)- Les érudits (76) ont malheureusement toujours éprouvé je ne sais quel dédain à s'occuper de cette portion de la mythologie. Il est bien plus important,*dit l'un d'entre eux, de connaître la véritable" et seule doctrine des philosophes et des savants sur la divinité, l'uni