LIVRE r, CHAPITRE IX. loS
vers, l'ame et la nature , que de recueillir les fables stupides du vulgaire et les absurdes amplifications des poètes (76). Nous pensons précisément le contraire. La doctrine des philosophes a produit des hypothèses et des systèmes : les fables révérées par le vulgaire ont constitué l'influence des religions. Elles ont décidé de la morale des peuples. Elles ont préparé et amené toutes les luttes, toutes les guei^res, toutes les révolutions religieuses.
Il n'est d'ailleurs nullement exact de prétendre que la théologie scientifique fût la seule religion des savants et des philosophes. Nous voyons des traces de croyance populaire chez les hommes les plus érudits et chez presque tous les sages de l'antiquité. Si nous traitons un jour de la philosophie grecque, nous montrerons Socrate consultant la Pythie ; Xénophon se conduisant d'après les oracles ; Platon accordant une foi implicite à la divination (77). Lors même que les hommes s'écartent à beaucoup d'égards des dogmes professés avant eux et autour d'eux, ces dogmes ne perdent pas tous leurs droits, tls ressemblent à une armée qui se disperse au lieu de se rendre, et qui prend poste par bandes éparses, dans des
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endroits différents. La contrée paraît au premier coup d'oeil appartenir au vainqueur; mais les vaincus ont leurs refuges, leurs défilés, leurs places fortes qu'ils défendent, et quelquefois ils font des sorties. Quand la philosophie domine dans la classe instruite , il n'y en a pas moins des fragments de religion vulgaire, mêlés aux opinions de cette classe; et pour apprécier ces opinions, c'est encore cette religion vulgaire qu'il faut étudier (78). Les poètes eux-mêmes , lorsqu'ils inventent, se plient à la croyance reçue , pour donner à leurs inventions une apparence de vérité. Les religions anciennes, comme le plus judicieux des Romains l'observe (79), furent pour le peuple , à chaque époque , telles que les poètes les représentaient; ne considérer que leur sens occulte , c'est vouloir faire l'histoire de l'art dramatique, en décrivant les ressorts et les cordages qui font mouvoir les décorations (80); Enfin, on a négligé jusqu'à présent de séparer avec assez de soin les religions dominées par les prêtres, des religions qui demeurent indépendantes de la direction sacerdotale. Cependant on se convaincra facilement, pour peu qu'on réfléchisse , qu'à dater des premiers