‹ De la religion (volume 3)Chapitre 90 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE IX. Î^'J · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX. Î^'J

moments des idées religieuses, la marche de la religion est différente , suivant le degré de pouvoir dont le sacerdoce est revêtu.

Nous n'avons pas à rechercher ici comment il se fait que certains peuples soient soumis aux prêtres dès l'instant de leur réunion en société, tandis que d'autres jouissent longtemps à cet égard d'une indépendance complète, et ne sont même jamais entièrement subjugués.

Nous entrerons dans l'examen des faits quand nous traiterons de la religion grecque des temps homériques , et quand nous décrirons la religion égyptienne, telle qu'elle se conserva jusqu'au mélange et à la destruction de tous les cultes de l'antiquité. Maintenant il nous suffit d'établir la différence qui doit exister entre deux espèces de religion trop souvent confondues.

Lorsqu'une corporation sacerdotale s'empare de la religion dès son origine , la religion suit une autre route que lorsque le sacerdoce, s'établissant graduellement, ne parvient que plus tard à se constituer en corporation régulière et reconnue. Le pouvoir des prêtres doit être sans bornes lorsqu'il existe dès

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la formation des sociétés. Plus une croyance est grossière, plus les ministres de cette croyance ont d'autorité s'ils forment une classe à part.

Le peu d'influence que possèdent les jongleurs de plusieurs tribus sauvages, vient de ce que, l'état de ces hordes n'étant pas un état organisé par des règles fixes, tout y est vague, tout y est d'impression momentanée, d'habitude irréfléchie. Rien n'y a force de loi, le sacerdoce pas plus qu'autre chose. Mais lorsqu'un peuple , par des circonstances que nous chercherons à déterminer ailleurs , voit, comme en Egypte par exemple, s'élever dans son sein une institution sacerdotale, avant qu'il ait aucune institution politique capable de lutter contre cette puissance religieuse ou de la restreindre , il doit subir le joug de cette puissance. Dès-lors la religion, qui, livrée à ellemême, se compose de tous les sentiments, de toutes les notions, de toutes les conjectures naturelles à l'homme, devient, dans les mains du sacerdoce, l'objet d'un calcul prémédité, d'un arrangement systématique.

Quand l'homme s'occupe de la religion comme d'une chose qui lui appartient en propre, l'habitude et l'imitation l'engagent sans

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