‹ De la religionChapitre 104 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

fe sacerdoce résiste, il annonce vainement aux Juifs l'indignation divine (i), et les châtiments (|iie cette indignation leur apprête (2) : me-

« marchent pas dans tes voies : donne -nous un roi. » (Rois, I, VIII, 5-6.)

(1) « Vous avez aujourd'hui rejeté votre Dieu, » dit Samuel au peuple assemblé. ( Rois, I, X, 19. ) « Écoute la « voix du peuple, » dit Jéhovah au prophète. « Ce n'est « pas toi, c'est moi qu'il méprise, en ne voulant pas « que je règne sur lui. » ( Rois, I, VIII, 7 , 8. Josephe , Antiq. jud. IV, 8. Spencer ,jle Legib. ritual. Hebrseor. I, 327-240. )

(2) Jamais peut-être la théocratie ne fut plus éloquente que dans son tableau de la royauté. « Le roi, dit Samuel, « prendra vos enfants pour conduire ses charriots , il s'en « fera des gens de cheval , et les fera courir devant son « char. Il en fera ses officiers pour commander les uns « mille hommes et les autres cinquante. Il prendra les uns « pour labourer ses champs et pour recueillir ses blés , '< et les autres pour lui faire des armes et des charriots. Il « se fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières, " et des boulangères. Il prendra aussi ce qu'il y aura de

" meilleur dans vos champs , dans vos vignes et dans vos « plants d'olivier, et il le donnera à ses serviteurs. Il vous « fera payer la dîme de vos blés, et du revenu de vos « vignes pour avoir de quoi donner à ses eunuques et à ses « officiers. Il prendra vos serviteurs , vos servantes , et les « jeunes gens les plus forts avec vos ânes , et il les fera < travailler pour lui. Il prendra aussi la dîme de vos trou-

nace inutile! Il est contraint à céder (ij. Les pouvoirs sont en présence et vont se combattre.

On ne saurait méconnaître , dans l'histoire de Saùl et de Samuel , bien qu'elle soit présentée sous le point de vue et dans l'intérêt sacerdotal, une vengeance de la théocratie contre la royauté qu'elle institue à regret (2).

Choisi dans un rang obscur par le sacerdoce qui veut rester son maître (3) , soumis à

« peaux, et vous serez ses serviteurs. Vous crierez alors « contre votre roi, que vous avez élu, et le Seigneur ne « vous exaucera point, parce que c'est vous-mêmes qui « avez demandé d'avoir un roi. » Rois. I, VIII, 1 1 , 18.

(1) Un théologien célèbre, en attribuant à Dieu même cette condescendance , applique d'une manière assez bizarre , à la toute-puissance divine , les conseils de prudence et de flexibilité que Cicéron donne à ses amis. «Non permanendum est in unâ sententiâ, conversis rébus, etc. » Cic. Ép. 9. ad Lentul. ) Jamais l'anthropomorphisme ne s'est trahi plus ouvertement. (Spencer, de leg. Rit. Hebr. I,243.)

(2) Lilie^thal, Gutachten der Goettlich. Offenb. VI,

(3) Bien que Saiil paraisse désigné par le sort, la manière dont son élection est racontée prouve que les prêfrcs s'en emparèrent, et surtout qu'ils cherchèrent à faire

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des obligations qui déposent de sa servitude , le prince, sacré des mains du grand-prètre (i), s'engage à le prendre en toute occasion pour son guide et son conseiller, et dans sa première expédition , c'est au nom du pontife qu'il ordonne à son peuple de le suivre.

Cette transaction conserve au sacerdoce tous ses avantages. Bientôt cependant, un sacrifice offert en L'absence du grand-prètre (2), un acte de clémence contraire à

croire qu'ils s'en étaient emparés. (Rois, I, XV, v.. ao et suiv.) Il y a même plusieurs détails qui indiquent que le sacerdoce , sentant son détrônement inévitable, lit tomber l'élection sur un homme peu considéré , pour en pouvoir disposer plus facilement. (Ib. I, 9.) Aussi voit-on les personnages les plus éminents de la nation juive témoigner leur mécontentement de cette élection. (Ib. I, 10, 27.)

(1) On a prétendu que Samuel n'avait pu être prêtre, parce qu'il ne parait pas avoir été de sla tribu de Lévi. (Lettres de quelques Juifs, III, 410. ) Mais Samuel, en^ fant ignoré , accueilli par Héli , grand-prêtre et grandjuge, le remplaça dans cette double fonction après avoir remporté sur les Philistins la victoire de Masphath.

(2) Rois, I, XIII, i3.

ses ordres (i) excitent son indignation (2). Le monarque se débat en vain. Tantôt il veut employer la force. Il fait massacrer Achimeleck et quatre-vingt-cinq prêtres qui favorisent son compétiteur (3). Tantôt il se prosterne aux pieds de ce compétiteur même , et le supplie de ne pas sévir contre sa famille ,. lorsqu'il sera monté sur le trône. Enfin il succombe et lègue à ses successeurs tirés d'une autre race le triste devoir de la soumission ou la ressource périlleuse de la résistance.

Il est tellement vrai que le renversement de Saùl ne fut point l'ouvrage de l'inclination spontanée du peuple, que, sur les douze tribus des Hébreux, une seule se déclara contre lui, tandis que toutes les autres restèrent fidèles à sa famille et à sa personne (4).

(i)Rois, I,XV.

(2) «Parce que tu n'as pas obéi, tu ne seras pas longtemps roi. » (Ib. i5-22.) C'est en vain que Saùl s'humilie. Dieu a déclaré à son prophète qu'il se repent de l'avoir élu, et lui ordonne d'en élire un autre. (Ib. XVI, 1.)

(3) Rois, I, 22 , 9.

(/,) Ib.ll, 2,8,9.

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