LIVRE IV, CHAPITRE XI. 2l
polythéisme, toutes les opinions s'étant introduites en Grèce dans les mystères, un théisme moins abstrait, plus susceptible de devenir une religion réelle, y fut admis, non comme système dominant, mais comme l'un des systèmes entre lesquels les prêtres choisissaient celui qui convenait à chaque initié.
Mais ceci n'a aucun rapport avec le théisme de Moyse, antérieur de douze siècles. Moyse, avec une sagacité merveilleuse, parle à des hommes grossiers la langue qui leur convient, et cependant il ne plie que rarement sa doctrine aux exigences de leur grossièreté. Ses concessions consistent dans les mots plus que dans les choses (i); ce sont des nuages pas-
(i) Nous avons cité une de ces concéSsiôhs (T. î, p. 277. Note ), Jéhovah traversaut les victimes dépecées, pour s'eugagcr par serment vis-à-vis d'Abraham ( Genèse; XV, 9-17 ). Cette cérémonie signifiait que celui qui violerait son serment consentait à être mis en pièces comme ces victimes; singulier effet de l'anthropomorphisme, qui appliquait cette cérémonie comminatoire à Dieu lui-même. On ne saurait méconnaître dans ce détail un législateur forcé de descendre au niveau du peuple. Aussi l'un des premiers théologiens de l'Allemagne, Eichhorn, remarque avec raison que le peuple de Moyse est sans cesse au-dessous de son législateur, (Einleit. zum ait. Testam. 1,7.)
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sagers qui n'obscurcissent que pour un instant ce qu'il y a de sublime dans les notions de l'Etre suprême. Les questions oiseuses, les problèmes insolubles sont soigneusement écartés. Le législateur des Juifs ne recherche point, comme les prêtres de l'Egypte et de l'Inde, ou comme les philosophes de la Grèce, de quelle substance Dieu se compose, s'il existe dans l'étendue ou s'il existe hors de l'étendue, s'il est fini ou s'il est infini, si son existence est éternelle et nécessaire, ou si elle fut l'œuvre à la fois subite et tardive d'une inexplicable volonté. Le prophète du mont Sinaï échappe également à ces écarts d'une imagination déréglée, qui répandent sur les cultes populaires dont les prêtres repaissent la multitude, un vernis tour-à-tour révoltant et ridicule; et à ces subtilités toujours sans résultat, qui ont précipité le théisme philosophique de l'Inde dans un labyrinthe dont le terme est inévitablement l'athéisme ou le panthéisme; l'athéisme, puisque, forcé de ne procéder que par négation, le raisonnement transforme en une négation la Divinité même ; le panthéisme , puisque ne reconnaissant, sous mille apparences illusoires,