‹ De la religionChapitre 112 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

qu'une seule substance, il absorbe l'univers dans son auteur, substitue au sentiment religieux on ne sait quel enthousiasme qui s'enivre de phrases sonores, ôte de la sorte à la religion tout ce qu'elle a de consolant, de tendre et de moral, en lui laissant tout au plus une forme imposante et une majesté stérile. Dans le récit de la création, auquel il faut sans doute accorder ce que le génie de l'Orient exige qu'on accorde à tout récit de ce genre, il n'est parlé ni d'une matière inerte et rebelle qui gêne le créateur, ni d'un œuf mystérieux, ni d'un géant mis en pièces, ni d'une alliance entre des forces aveugles et des atomes sans intelligence, ni de la nécessité qui enchaîne la raison, ni du hasard qui la trouble.

Cette supériorité de la religion de Moyse ne se borne pas à la doctrine; elle s'étend jusque sur les rites. Ceux que les livres juifs prescrivent, quelque bizarres qu'ils paraissent à nos esprits empreints d'une civilisation plus avancée, sont moins sanguinaires moins corrupteurs , moins favorables à la superstition que ceux des peuples asservis au

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polythéisme sacerdotal (1). Quand nous retracerons les cérémonies, les coutumes, les modes d'adoration de ces peuples, nous verrons toujours en première ligne les sacrifices humains et les fêtes obscènes; les Hébreux durent à Moyse d'être préservés de ce double opprobre (a).

(i) Les rites de la plupart des nations sacerdotales étaient calculés de manière à accréditer les superstitions sur lesquelles reposait la puissancedes prêtres, les augures, l'explication des songes, l'évocation des morts. La loi de Moyse interdit à plusieurs reprises ces appels faits par l'imposture à la crédulité. « Vous n'userez point d'augures ni d'autres genres de divination, y Lévit. XIX, 16. « Et qu'il ne se trouve personne parmi vous qui consulte les devins ou qui observe les songes et les augures, ou qui use de maléfices, de sortilèges et d'enchantements, ou qui consulte ceux qui ont l'esprit de Python et qui se mêlent de deviner, ou qui interroge les moi^ts pour apprendre la vérité. » Deuter. XVIII, 10-1 1.

(2) Voltaire a prétendu que les Hébreux avaient immolé des victimes humaines : des excès de terreur et de / superstition ont entraîné tous les peuples à ces pratiques abominables; mais jamais elles n'ont fait partie du culte habituel des Hébreux, comme de celui de l'Inde, de l'Egypte et des Gaules. La loi de Moyse les défend expressément (Lévit. XX, ?.3, Deutér. XII, 3i ).

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