LIVRE IV, CHAPITRE XI
la fraternité entre eux , l'hospitalité même envers l'étranger; et c'est aussi au nom.de Jéhovah qu'il voue au glaive les Amorrhéens (i), et qu'il fait massacrer les femmes madianites (2).
Mais il appartient aux hommes d'un esprit droit et d'un cœur équitable, aux amis de la vérité et de la religion, de distinguer ce que les nécessités de la position de Moyse le forçaient à confondre, nous dirons plus, ce qu'il a dû confondre de très-bonne foi.
D'après sa conviction intime et profonde (et la vérité , telle qu'il a été donné à l'homme de la concevoir , est tout entière dans la conviction), Moyse regardait comme une inspiration de Dieu même le projet qu'il avait formé de délivrer ses compatriotes, de les arracher à la condition la plus humiliante (3), aux travaux
(i) Exode, XX, III, 4-
(2) Nombre, XXXI, 17.
(3) Les Égyptiens considéraient les Hébreux comme immondes. ( Genèse, XLIII, 32. ) Leur baine contre ce peuple se perpétua de génération en génération. Ils envoyèrent une ambassade à Caligula, pour le lui dénoncer Le grammairien Apion, contre lequel Josèphe écrivit, était membre de cette ambassade.
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les plus accablants (i), et à ces cruautés, sans cesse renaissantes, qui sont suggérées aux oppresseurs par les soupçons que toujours les opprimés inspirent. L'année de sa naissance avait été marquée par un acte exécrable (2) de la politique des maîtres ingrats qu'il avait servis dans une expédition contre l'Ethiopie (3); peu de temps après, le meurtre, assurément très- légitime d'un des agents de la tyrannie (4), associa son intérêt à son patriotisme. Il leva donc l'étendard de l'indépendance, et la sortie d'Egypte fut le premier fruit de sa persévérance et de son courage (5).
(1) Spencer de Leg. Rit. Hebraeor, II, 20.
(2) D'après l'opinion généralement reçue, Moyse naquit l'année même où l'ordre de noyer les premiers nés des Hébreux venait d'être donné.
(3) Eichhorn, Einleit. II, 236 et suiv.
(4) Exode, II, 12.
(5) La sortie d'Egypte fut-elle volontaire, ou la fuite des Hébreux ne fut-elle que l'exécution d'une sentence de bannissement? nous n'avons point à prononcer sur cette question. L'une et l'autre de ces conjectures se fortifie de témoignages imposants. D'après une tradition ancienne, rapportée par Josephe, les Hébreux, qu'un roi d'Egypte avait relégués dans la ville d'Avaris, s'empare-