LIVRE IV, CHAPITRE XI. u3l
transformer un jour l'espèce humaine en une seule famille, Moyse ait adopté, pour que son peuple n'en reperdît pas la connaissance, les moyens qui lui semblaient les meilleurs ; que ces moyens se soient ressentis des moeurs barbares d'une époque où la vie des hommes était peu respectée (1); qu'il n'ait pas assez consulté la disproportion de sa doctrine et des lumières de ses compatriotes et de ses contemporains (a); que recon-
(i) Il est indispensable, dit l'auteur d'un des meilleurs ouvrages que nous possédions sur la loi de Moyse (M. Salvador), squs peine de commettre les plus graves erreurs, de distinguer ce que le législateur a fait et voulu, d'avec ce qui a été fait plus tard; ses principes d'avec les applications que les circonstances ont dictées, et les actions produites par la barbarie des temps. ( Loi de Moyse, ou syst, polit, et relig. des Hébreux, avantpropos. )
(2) La disproportion qui existait entre le théisme pur de Moyse et l'état de civilisation des Hébreux , fut la cause principale des dissensions qui agitèrent ce peuple et des crimes qui sont rapportés dans les annales; l'histoire n'offre nulle part un exemple aussi frappant des suites de tout désaccord entre les institutions et les idées. Le sujet mérite quelques développements. Nous les placerons dans cette note.
naissant cette disproportion, il se soit con~ damné prématurément à une lutte violente;
D'abord les Juifs ? malgré les enseignements formels de Moyse, ne conçoivent l'unité de Dieu que comme une unité relative. A côté de Jéhovah qu'ils adorent, ils reconnaissent des dieux ennemis : ils les délestent, mais ils y croient. Jéhovah n'est pour eux qu'une divinité tutélaire, qui, demeurant, combattant, voyageant avec ses défenseurs et partageant leurs inimitiés, traitait les dieux étrangers en compétiteurs qui lui étaient odieux, en rivaux dont elle était jalouse, dont elle voulait renverser les autels pour élever ses autels, et détruire les peuples pour faire place à son peuple. (Meiners, Comj. soc. Gœtting. I, $3. ) Nous citerons le passage en original, pour qu'on n'accuse pas d'impiété une opinion émise et reçue sans scandale dans un pays au moins aussi chrétien que la France. « Ex innumeris sacrae historiée exemplis et locis facile ostendi posset Israëlitarum vulgus Jehovam suum, non tanquam omnium gentium numen , sed tanquam suum, gentisque suae peculiarem deum, veneratum esse, quem inter ipsos habitare, cum ipsis in bello proficisci, easdemque porrô inimicitias exercere, omnes denique hostiles populos funditùs exscindere velle, persuasum habebant.» Mais lors même que Moyse semble avoir écarté cette notion circonscrite, lors même que le théisme pur est proclamé, toutes les classes s'en écartent, les rois comme le peuple , le peuple comme les grands. Ecoutons à ce sujet un des théologiens les plus religieux de l'Angleterre. «Si populi mores, in historiâ sacra ra(i-