LIVRE IV, CHAPITRE XI. a
sance terrible; que ce sacerdoce ait abusé de sa puissance : tout cela est clans l'ordre na-
l'impulsion universelle, sont bannis ou massacrés. (Jérémie,XXVI,a6. )
Telle est l'histoire du théisme dans la fraction du peuple juif qui l'a professé avec le moins d'infidélité. Si nous tournons nos regards vers l'autre fraction, nous verrons l'idolâtrie en vigueur, deux veaux d'or remplacer ou représenter le bœuf Apis (IV; X, 29), et tout Israël leur rendant hommage, à l'exception de quelques fidèles qui vont secrètement adorer le Dieu de Moyse à Jérusalem.
Ainsi, parmi les monarques hébreux, dont trois seulement étendent leur empire sur toute la nation, les deux premiers professent le théisme, le troisième déjà devient idolâtre. Après la séparation des deux royaumes, vingt rois régnent sur Juda , et de ces vingt rois , quatorze se livrent à l'idolâtrie. En Israël, sur vingt rois aussi, dix-neuf adorent les simulacres; et l'idolâtrie a toujours l'assentiment populaire : la douleur publique signale sa chute; des cris de joie saluent son retour. Chose bizarre, mais instructive : les Hébreux ne s'attachent à Jéhovah que lorsqu'ils sont captifs, et que leurs maîtres leur imposent d'autres dieux. L'intolérance révolte l'homme et manque le but qu'elle se propose. Mais dès que les Juifs sont affranchis de leurs tyrans idolâtres, ils courent d'eux-mêmes aux pieds des idoles : c'est l'inconvénient de toute disproportion entre les institutions et les lumières. Imposé de force aux nations barbares, le théisme lui-
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turel, dans la sphère purement humaine, et n'a nul rapport avec la révélation.
même, cet immense moyen de perfectionnement, se ressent de leur barbarie dans les moyens qu'il emploie pour triompher d'elle. En conclurons-nous que Moyse eut tort d'établir prématurément le théisme, qu'une révélation intérieure ou extérieure lui avait fait connaître? Avant de prononcer, une grande question serait à résoudre. L'esprit humain , dans sa marche naturelle, ne parvient à des notions de théisme qu'en détruisant, par le raisonnement, les notions grossières qui précèdent cette notion pure, mais abstraite. Quand cette destruction est opérée, lui reste- 1- il assez de force pour embrasser le théisme, et le prendre pour base d'une religion nouvelle? Son intelligence accoutumée au doute et poursuivie par ce doute qui ne s'arrête pas , peut-elle se pénétrer d'une conviction forte et fervente ?
Un exemple mémorable s'offre dans l'histoire, et cet exemple n'est pas en faveur de l'affirmative. Toute croyance était effacée, lorsque les nouveaux Platoniciens voulurent rendre à l'homme la foi religieuse dont il ne peut se passer. Ils étaient sincères, studieux, éloquents , intrépides ; ils ne repoussaient aucun des moyens qui frappent les sens et captivent les âmes : ils appelaient le merveilleux même à leur secours. Quel fruit retirèrent- ils de tous ces efforts? de la superstition et du scepticisme.
S'il en est ainsi, n'était-il pas bien, n'était-il pas nécessaire que le ihéisme fût placé pour ainsi dire en