‹ De la religionChapitre 122 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XI. 23o · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI. 23o

menacer de ses anathêmes, nous ne reconnaissons la révélation ni dans les massacres, ni dans les villes réduites en cendres, ni dans les enfants écrasés sur le sein des mères. Nous voyons dans ces monuments sanglants d'une époque barbare, d'abord la nécessité qui impose à un conquérant des lois cruelles, qui peuvent s'excuser peut-être, mais qui ne sauraient mériter la louange; plus tard, l'esprit sacerdotal jaloux et impitoyable. La révélation faite à Moyse , nous la reconnaissons dans la partie des livres hébreux où toutes les vertus sont recommandées, l'amour filial, l'amour conjugal, l'hospitalité envers l'étranger, la chasteté, l'amitié, qu'aucune autre législation n'élève au rang des vertus, la justice, et même la pitié, bien que l'époque de la pitié ne fût pas encore venue, car cette époque c'est le christianisme. Là est la voix divine ; là est la manifestation du ciel sur la terre; et c'est là seulement qu'on ne peut se tromper en lui rendant hommage, parce qu'elle répond à tous les sentiments, ennoblit et épure toutes les affections, devance les lumières, et fait pénétrer dans l'ame, au sein de la barbarie, des vérités que la raison n'aurait découvertes

que beaucoup plus tard (i). Mais on a, comme nous l'avons dit, confondu obstinément les faits et la doctrine. Parce que le sacerdoce s était constitué à la fois le gardien de la loi divine, et le rédacteur des annales de la nation soumise à cette loi , on a proclamé loi divine tout ce que ces annales contenaient. Parce que la loi des Juifs était sainte, on a voulu couvrir de son égide chaque événement de l'histoire juive.

(i) De toutes les législations anciennes, celle de Moyse est incontestablement, dans sa théorie, qu'il faut séparer de la pratique, parce que le sacerdoce s'empara de celle-ci, la plus hospitalière envers les étrangers et la plus humaine envers les esclaves. C'est la seule qui accorde aux premiers l'admission dans les assemblées du peuple à la troisième génération. ( Deuter. XXIII, -y -8. ) On sait avec quelle rigueur les Romains refusaient aux étrangers les droits politiques. Le même mot signifiait primitivement dans la langue latine un étranger et un ennemi. La législation hébraïque est aussi la seule qui donne à l'esclave quelques garanties contre la cruauté et l'avarice du maître. Ainsi le théisme, même prématuré, et en disproportion avec toutes les idées contemporaines, aurait dès-lors, sans l'action des prêtres qui le dénaturèrent, exercé sa bienfaisante influence, destiné qu'il est à faire un jour de toutes les nations une seule nation , et de tous les hommes un peuple de frères.

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