‹ De la religionChapitre 124 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

plusieurs milliers d'années , lorsque les siècles et les révolutions qu'ils amènent n'auront laissé de nos annales que quelques débris, on retrouve à la fois, pour monuments du christianisme, l'Évangile et quelques - uns de ces historiens de nos temps de barbarie, ou de nos temps de bassesse, pour lesquels le 'massacre des Albigeois, les horreurs de l'inquisition , regorgement de la Saint-Barthélémy, sont des actes voulus et approuvés par la Providence; n'est-il pas certain qu'une corporation sacerdotale , riche de ces dépouilles j et s'en arrogeant le monopole, les plierait à ses intérêts de caste, et tout en exaltant ce qu'on ne saurait trop exalter ,

l'admirable morale de l'Évangile et sa douceur

et dans les écrits des pontifes, dés juges et des prophètes de la Judée, suggéra aux Albigeois, dans le moyen âgé, une erreur singulière. Supposant deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, ils attribuèrent au premier le nouveau Testament et au second l'ancien; et toutes lés rigueurs exercées en son nom, sa qualité sans cesse répétée de Dieu jaloux, terrible, implacable, punissant les péchés des pères sur les enfants jusque dans les générations éloignées, leur servaient à prouver cette bizarre hypothèse.

non moins admirable, vanterait aussi clans les inquisiteurs l'énergie, et dans les bourreaux l'obéissance (i) ?

(1) Ce que nous présentons ici comme une supposition, est malheureusement une réalité; ceux qui Voudront s'en convaincre n'onj; qu'à lire la relation du stratagème de Charles IX contre les Huguenots, par Camille Capilupi, gentilhomme du pape Grégoire XIII, imprimée à Rome en octobre 1572 , et réimprimée récemment en France. L'auteur y dit en termes exprès que c'est la volonté de Dieu qui , par l'acte mémorable du Roi Très-Chrétien contre les Huguenots , a rétabli le royaume dans son premier état de santé; que les protestants renaissant comme les têtes de l'hydre , Charles IX résolut d'obtenir par sa dextérité ce qu'il n'avait pu se procurer par la force des armes ; qu'animé d'une profondeur de pensée et d'une prudence de résolution au-dessus de son âge , et conduit par la volonté toute - puissante de Dieu, il conclut la paix; que dans cet adoucissement des choses, il poursuivit son dessein, multiplia les démonstrations de tranquillité et d'oubli des injures, ne négligea rien pour gagner pleinement la confiance de l'amiral Coligny, lui fit J'accueil le plus amical, et fit connaître en même temps à Sa Sainteté qu'il n'était pas .indigne du nom de Roi Très^Chréticn ; qu'il réussit à tromper tout le monde ; qu'il se fit donner par l'amiral Coligny le nom de ses amis, sous prétexte d'acfiepter leurs services; que ne pouvant espérer de rassembler une seconde fois tant d'oiseaux dans le même

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