‹ De la religionChapitre 134 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII

survit à la croyance. La cosmogonie chinoise porte l'empreinte du génie des prêtres. On y retrouve l'œuf cosmogonique (i), la trimourte (2), les figures difformes (3), les incestes des dieux (4), l'union de la virginité et de Fen-

(i) Le Chaos, sous la figure d'un œuf mystique , contenant le germe de toutes choses, produisit Pankou, ouPan-cheou, dont la tête forma les montagnes; les yeux, le soleil et la lune; les veines, les fleuves et les rivières; les cheveux, les plantes et les forêts. Ceci a une ressemblance complète avec l'histoire de la création et la fable du géant Ymer dans l'Edda Scandinave.

(2) Tao, essence triple et ineffable, crée le ciel et la terre en se divisant en trois personnes, dont l'une est chargée de la production, l'autre de l'arrangement, et la troisième de maintenir la succession régulière.

(3) Tous les acteurs, hommes ou dieux , de la période fabuleuse des Chinois ont des figures monstrueuses. Fo-hi était un serpent à tête d'homme; Chinnong, l'inventeur de l'agriculture, avait une tête de bœuf, un corps humain et un front de dragon. Les objets mystérieux de l'adoration antique, les Chin, dont nous ne connaissons exactement ni la nature ni les attributs, avaient, comme les divinités égyptiennes, des tètes d'animaux sur des corps d'homme, ou comme celles de l'Inde, plusieurs têtes sur un seul corps.

(4) La femme de Fo-Hi était en même temps sa sœur. Ces unions incestueuses des dieux se reproduisent dans

fantement(i), les divinités malfaisantes (2), les animaux fabuleux (3), conceptions mystiques

toutes les cosmogonies sacerdotales : nous dirons ailleurs pourquoi.

(1) Loui-tzu, mère de Chao-hao , devint grosse à l'aspect d'une étoile. L'apparition d'une nuée brillante rendit Fou-pao enceinte : elle donna le jour à Hoangti. Hou-su, surnommée la fleur attendue, ou la fille du Seigneur, se promenait sur les bords d'un fleuve; une émotion subite la saisit, un arc-en-ciel l'entoura, et Fo-Hi naquit au bout de douze ans. La plus célèbre des vierges -mères en Chine, ce fut Niu-oua, ou Niu-va, surnommée la souveraine des vierges. Ses prières lui valurent ses enfantements miraculeux. Elle avait du reste un corps de serpent , une tête de bœuf, les cheveux épars, et pouvait revêtir soixante-dix formes différentes en une seule journée. Il serait curieux d'examiner les rapports de Niu-va avec la Badrakaly indienne et l'Hécate grecque, ou plutôt devenue grecque , lors de l'introduction des notions sacerdotales dans la religion grecque.

(2) Tchi-yeou, dit le Chouking, au corps de tigre, au front d'airain et qui dévorait le sable aride, était le chef des neufs noirs ou des mauvais génies. Chinnong, fils d'Hoang-ti, l'attaqua et le vainquit; mais il n'est point mort, et il est l'auteur des révoltes, des fraudes et de tous les crimes qui se commettent.

(3) Indépendamment des dragons, des griffons, des serpents aîlés, les Chinois ont un animal merveilleux qui leur est particulier. C'est le Kilin, qui annonce éga-

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dont nous dirons ailleurs l'origine (i), et que les religions indépendantes n'admettent jamais dans leurs récits indigènes. On distingue parmi leurs anciens rites les sacrifices humains (2).

lement les grands biens et les grands maux. Yao régnait quand le Kilin parut sur les bords d'un lac ; un déluge épouvantable détruisit tous les travaux des hommes. Mais le Kilin apparut aussi à la mère de Confucius, et lui annonça la gloire du fils qu'elle portait dans son sein (Méro. sur les Chinois, XII, Kobmpfer,, Hist. du Japon. )

(1) Troisième vol., liv. VI.

(2) L'existence de cette affreuse pratique est prouvée par la loi même de l'empereur Can hi, destinée à l'interdire il n'y a pas un siècle et demi ; et malgré cette loi , il y eut encore des femmes étranglées aux funérailles du prince Ta-vang, frère de l'empereur Can-hi. Voltaire dit cependant, en termes exprès, que les Chinois seuls n'ont jamais pratiqué ces horreurs absurdes (Philos, de l'Hist. Introd. art. Théocratie ) : c'est qu'il voulait disculper la Chine , que sa tolérance ou son indifférence religieuse lui rendait chère, comme faisant honte à la France, encore persécutrice. Mais si ces inexactitudes, un peu volontaires, sont excusées par cette intention, au moins ne fallait-il pas, dans le même volume * blâmer Tacite d'avoir loué la Germanie pour faire la satire des Romains.

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Enfin les annales de la Chine parlent d'un grandprêtre nommé Tai-che-Ling, dont l'autorité était autrefois très-étendue.

Mais, par des événements qui nous sont trop vaguement transmis pour permettre des récits détaillés ou des explications satisfaisantes, le sacerdoce succomba en Chine. La religion, chassée de l'autel , descendit jusqu'au trône. L'empereur s'en déclara le principal ministre, ou, ce qui revient au même, le maître absolu. Toute la classe lettrée affecta pour les prêtres un mépris superbe (i) : c'est à ce mépris que sont dus les éloges que nos philosophes ont prodigués aux Chinois (2).

(1) Les mandarins témoignent le plus profond mépris pour les bonzes; ils les chassent de leurs pagodes, quand ils veulent y loger leur suite. ( Barrow's Travels, p. 86, Du Halue, II, 37-38.) Les membres du tribunal des rites sont soumis aux châtiments les plus honteux , et fréquemment renvoyés comme de vils esclaves.

(2) Nous avons déjà rappelé les exagérations de Voltaire sur la Chine. Elles ne sont pas dangereuses à présent sous le rapport historique , parce que nous avons sur ce vaste et vieux empire des notions certaines , qui renversent cet échafaudage d'assertions chi-

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