‹ De la religionChapitre 135 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII

Mais examinons quel a été réellement le résultat de cette victoire tant célébrée.

mériques. Mais elles sont utiles à examiner, parce qu'elles donnent la mesure de la confiance qu'on doit aux historiens qui écrivent dans un but autre que celui d'établir sur chaque point la vérité, et que d'ailleurs, lorsqu'il s'agit de Voltaire, les erreurs du maître sont l'érudition de la plupart de ses écoliers. « La constitution de la Chine, dit Voltaire, est la meilleure qui soit au monde; la seule qui soit toute fondée sur le pouvoir paternel ; la seule dans laquelle un gouverneur de province soit puni, quand, en sortant de charge, il n'a pas eu les acclamations du peuple ; la seule qui ait institué des prix pour la vertu, tandis que partout ailleurs les lois se bornent à punir le crime

Les mandarins lettrés sont regardés comme les pères des villes et des provinces, et le roi comme le père de l'empire. Cette idée, enracinée dans les cœurs, forme une famille immense. La loi fondamentale étant que l'empire est une famille, on y a regardé plus qu'ailleurs le bien public comme le premier devoir.... Les voyageurs ont cru voir partout le despotisme : ... mais dès les plus anciens temps , il fut permis d'écrire sur une longue table, placée dans le palais, ce qu'on trouvait de répréhensible dans le gouvernement.... La religion de la Chine est simple, sage, auguste, libre

de toute superstition et de toute barbarie Celle des

lettrés est admirable : point de superstitions, point de légendes absurdes, point de ces dogmes qui insultent

La religion, réduite à de frivoles et fastidieuses cérémonies, qui ne rappellent que des opi-

à la nature et à la raison. » (Dict. phil., Philos, de l'Hist. Essai sur les mœurs. )

Qu'un ami du pouvoir absolu, l'auteur de l'Esprit de l'Histoire et de la Théorie des révolutions, par exemple, déclare excellente la Constitution de la Chine , la chose se conçoit. Mais que Voltaire, qui définit très-bien la constitution de l'Angleterre dans de fort beaux vers de sa Henriade, donne ce titre à un gouvernement sans contre-poids et sans garanties, cela ne s'explique que par le but que nous avons déjà indiqué. De ce que le gouvernement paternel est la base de celui de la Chine, qu'en résulte-t-il ? que le pouvoir des pères sur les enfants , pouvoir limité par l'affection des uns , et rendu nécessaire, pour un temps donné, par l'ignorance des autres, devient une tyrannie exécrable, là où il n'y a ni dans les gouvernants l'affection qui adoucit l'autorité, ni dans les gouvernés l'infériorité de facultés intellectuelles qui la justifie. Les mandarins, ces pères des villes et des provinces, exercent impunément sur leurs inférieurs l'arbitraire le plus capricieux, distribuent suivant leur fantaisie la bastonnade aux plaideurs, sauf à la recevoir eux-mêmes, non moins injustement et non moins docilement, au premier ordre d'un mandarin d'un rang supérieur : et il ne faut pas croire à l'efficacité de cette hiérarchie de vexations pour les rendre moins iniques, ou plus modérées; elle les aggrave au contraire, en faisant de l'oppression qu'on exerce l'uni-

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