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LIVRE IV, CHAPITRE XII

tractions irréligieuses pour la classe éclairée, des superstitions stupides pour la populace ; le culte des ancêtres, et nulle espérance d'une vie future (i);le culte des esprits, et le matérialisme le plus affirmatif et le plus grossier (2);

(1) Suivant la doctrine la plus généralement adoptée chez les Chinois, l'homme est composé de divers éléments, dont la séparation a lieu par la mort, et dont chacun rejoint la masse universelle. Il y a, dans ce système, négation d'individualité, de renaissance, de souvenir, de tout ce qui constitue l'immortalité de l'ame. Leibnitz , qui a fait des efforts infatigables pour trouver chez eux quelques traces d'une doctrine plus consolante, a fini par convenir, à regret, que l'espoir d'une vie à venir n'entre pour rien dans leur croyance. (OEuvr. IV, 2o5. ) Il ne faut pas attribuer à la généralité des lettrés une hypothèse qui n'appartient qu'à une secte très-peu nombreuse. Cette secte pense que la pratique de la vertu purifiant l'ame, lui donne des forces nouvelles qui empêchent la destruction de sa faculté de penser et de vouloir, en d'autres termes, qui lui procurent l'immortalité ( Ac. inscr. VI, 633-634 ) : attribuer cette opinion à la masse de la population chinoise serait prêter les raffinements du platonisme au vulgaire des Grecs.

(2) Les Chinois sont, de tous les peuples, le plus attaché au matérialisme. Ils n'ont aucune notion de la spiritualité. Les esprits, disent-ils, ne sont que solidité et

du reste, l'oppression la plus pesante, l'arbitraire le plus absolu (1), des supplices bar-

plénitude. La cause créatrice, Li, est une cause matérielle. ( Fréret , Acad. des inscrip. VI, 63 1- 63a. ) Le monde invisible est un monde de forces physiques, qui exclut tout libre arbitre, et où triomphe la fatalité la plus absolue. (Confucius, dans le Chum-jum, Couplet, 5 1.) Ce matérialisme aboutit sans doute, comme le spiritualisme, à une doctrine panthéistique. L'axiome favori des Chinois est que toutes choses ne sont qu'une seule et même chose. (V. le traité de Longobardi dans les œuvres de Leibnitz, t. IV.) Mais la doctrine chinoise est bien plus aride que le panthéisme spiritualisé de Xénophane. Elle suppose une seule substance sans attributs, sans qualités, sans volonté, sans intelligence; comme moteur, une fatalité aveugle ; et comme but de perfectionnement, une apathie complète : point de vertus ni de vices, de peines ni de plaisirs, d'espoir ni de crainte, de désir ni de répugnance, point d'immortalité.

(1) Les ouvrages de Confucius, qu'on a exaltés outre mesure, ne contiennent pas un principe favorable à la liberté ou à la dignité de l'espèce humaine. On peut les envisager sous trois points de vue, la morale, la politique et la magie, car le mot de religion serait ici déplacé. Quant à La morale, celle du philosophe de Chang-tong se compose de lieux communs très-louables sans doute, mais qu'on trouve chez tous les moralistes anciens et modernes , sauf la couleur locale et quelques singularités d'expression qui en sont le produit : assurément

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