‹ De la religionChapitre 139 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRÉ XII. 9y · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRÉ XII. 9y

qui le rendraient ridicule , non moins que honteux , sans qu'il cessât d'être véridique. Dans cette contrée, où l'autorité civile affecte, à l'égard de tout ce qui tient à la croyance, une si orgueilleuse indépendance , que d'empereurs se sont entourés de bonzes, et leur ont prodigué les trésors de l'état, pour en arracher ce fameux breuvage d'immortalité (i), que tous ont désiré, et qui a coûté la vie à ceux qui l'ont obtenu pour prix de leurs libéralités et de leurs promesses (2) î Ainsi en Chine, comme ailleurs, la magie remplace la religion.

(1) Chi-tsong, malgré les représentations de sa cour et des tribunaux (ce qui prouve, en dépit de Voltaire, que les décisions des tribunaux n'ont pas, en Chine, force de loi ) , combla de richesses les bonzes des deux sectes ennemies de Fo et de Laot-sé, pour qu'ils lui donnassent ce breuvage. Il ne faut pas confondre ce Chitsong, de la' dynastie des Ming , qui vivait vers le commencement du seizième siècle, ou la fin du quinzième, avec un autre Chi-tsong, dont on place le règne vers l'an 955 , et qui, loin de protéger les bonzes, les persécuta cruellement.

(y.) L'empereur Livent song, dans le neuvième siècle, mourut des suites du breuvage d'immortalité.

En vain quelques empereurs, effrayés euxmêmes de cet excès d'avilissement, ont voulu raviver la croyance religieuse. Ils n'avaient pour moyen que l'autorité, et dans ce genre de tentatives, son sort est d'échouer. Ils ont imaginé qu'en rendant la religion plus raisonnable, en la soumettant à une uniformité plus imposante, en la recommandant surtout comme utile, ils la feraient accepter du peuple. Mais ce n'est ni comme raisonnable, ni comme revêtue de formes régulières, ni comme utile à ses sectateurs, c'est comme divine qu'elle peut être acceptée. Quand l'utilité est mise dans la balance, elle flétrit la religion de son appui terrestre. Quand la religion est déclarée un instrument de l'état, sa magie est détruite. Les classes auxquelles on la destine sont averties par un secret instinct de dédaigner ce que les autres mortels traitent avec une familiarité si hautaine. Le concordat de l'empereur Jong-lo, qui rappelle à certains égards l'intérim de Charles-Quint, n'a pu jamais prendre racine parmi les Chinois, et Tchienlong, qui, soit artifice ou démence, se proclama, vers la fin de sa vie, Buddha incarné, ne troubla point l'indifférence publique, et ne

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