‹ De la religionChapitre 141 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XII. U · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII. U

cratie d'athées, ou, si l'on veut, de panthéistes matérialistes, qui remplacent la religion par le glaive et par le bambou. Les facultés de l'homme sont aussi comprimées sous les empereurs, qu'ailleurs elles l'étaient sous les prêtres. Le joug est aussi dur , l'opprobre est plus grand. Car nous devons plaindre, mais nous pouvons estimer encore une nation courbée sous le faix de la superstition et de l'ignorance. Cette nation conserve de la bonne foi dans ses erreurs. Elle obéit au sentiment du devoir. Elle peut avoir des vertus, bien que ces vertus soient mal dirigées. Mais une race qui n'a pour ressort que la crainte , pour motif que le salaire que lui jette du haut de son trône celui qui l'opprime ; une race sans illusion qui la relève, sans erreur qui l'excuse , est tombée du rang que la Providence avait assigné à l'espèce humaine, et les facultés qui lui restent et l'intelligence qu'elle déploie ne sont pour elle et pour le monde qu'un malheur et une honte de plus (i).

(1) De l'Espr. de conquête, etc. On nous a reproché d'avoir, dans notre premier volume, annoncé que

l'Europe était menacée du sort de la Chine. Nous avons exprimé des craintes, sans nous per mettre des préictions. Disons seulement ici, avec tout le respect dû aux progrès des sciences exactes et à l'accélération des découvertes industrielles, que ces découvertes et ces progrès sont des choses précieuse$, mais qu'elles ne constituent pas tout le patrimoine de notre espèce. Nous devons être d'autant moins suspects dans cette opinion, que, les premiers, presque les seuls, quand notre pays et l'Europe semblaient, par la volonté d'un homme, avoir reculé vers l'époque militaire, nous avons proclamé que l'époque actuelle était celle du commerce. ( De l'Esprit de Conquête et de l'Usurpation , p. 7. ) Oui, les découvertes industrielles et les progrès des sciences exactes sont des choses précieuses, parce qu'elles relèvent la classe laborieuse de son abaissement, et qu'elles donnent à la classe supérieure plus de loisir encore ; ce qui ouvre à l'une et à l'autre de ces classes une route plus courte et plus facile vers leur perfectionnement moral. Mais ce perfectionnement est le but. Les découvertes et les sciences ne sont que des moyens. L'industrie doit être un élément de liberté : gardons qu'elle se borne à n'être qu'une source d'aisance. Elle y perdrait; car si elle ne défendait pas les libertés publiques, les siennes seraient bientôt compromises. Les Romains demandaient, dit M. de Paw, du pain et des spectacles. Les Chinois demandent du commerce et des tréteaux.

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