LIVRE V, CHAPITRE I
Fait qu'émettre un doute (i), ils ne professèrent jamais le culte des astres (2). En consé-
(1) « Autant que je puis en juger, les premiers habi- « tants de la Grèce servaient les mêmes dieux que plu- « sieurs barbares reconnaissent encore aujourd'hui : le « soleil, la terre, les astres, le ciel. » In Cratyl.
(vi) Un passage d'Aristophane confirme pleinement l'opinion que nous émettons ici. «Le Soleil et la Lune,» dit Trigée à Mercure (Paix, acte 2, scène 3), «divinités des « plus perverses, ont depuis long-temps conspiré contre « nous , et formé le dessein de livrer la Grèce aux Bar- « bares. Qui peut , » répond Mercure , « les porter à ce « crime? C'est que nous offrons, » réplique Trigée, « des « sacrifices à Jupiter et aux autres dieux , au lieu que les « Barbares adressent leurs hommages au Soleil et à la « Lune, et c'est pourquoi ces deux astres voudraient que « nous fussions perdus sans ressource, pour que l'empire « passât aux Perses et aux Mèdes. » Les historiens d'Alexandre remarquent que ce prince, après avoir passé l'Euphrate, offrit des sacrifices au Soleil et à la Lune ( Arrien, III, 7 ); ce qui indique qu'ils considéraient ces sacrifices comme des hommages rendus par ce conquérant aux dieux du pays , c'est-à-dire à d'autres divinités que celles des Grecs. Le savant Creutzer reconnaît comme nous la différence qu'il faut établir entre les Grecs et les autres peuples de l'antiquité. « Les «nations mêmes, dit-il, qui rendaient un culte aux « astres, furent conduites de bonne heure à l'idolâtrie. « Que devait-ce donc être chez celles dont la religion
quence, à dater au moins du moment où noua les voyons paraître sur la scène du monde, nous trouvons que, seuls entre tous les peuples, ils furent libres de -la puissance des prêtres (i).
« consista d'abord dans un panthéisme sensible et maté- « riel ! » Cette dernière phrase s'applique aux Grecs, et il importe peu que Creutzer se serve du mot panthéisme, tandis que nous employons celui de fétichisme. Nous avons dit nous-mêmes que le mouvement qui poussait l'homme enfant au fétichisme, c'est-à-dire à prêter la vie et la volonté à toutes les parties de la nature, l'entraînait, quand il était parvenu au dernier terme de ses fluctuations religieuses, vers le panthéisme, c'est-à-dire vers l'adoration de la nature en masse.
(i) Diodore (liv. I), cherchant à retrouver chez les Athéniens des vestiges de leurs fondateurs venus d'Egypte, ne reconnaît pour classe correspondante au sacerdoce, que les hommes ayant une éducation soignée et pouvant être admis aux emplois publics. Le même auteur s'exprime dans un autre endroit en termes non moins positifs. « Les Chaldéens, prêtres de Babylone, dit-il , mènent « une vie qui ressemble à celle des prêtres d'Égyple. Ils « étudient avec soin l'astronomie et la divination. Ils « s'instruisent dans ces sciences d'une manière tout au- « tre que ceux d'entre les Grecs qui s'y adonnent. Chez « les Chaldéens, cette philosophie demeure toujours dans « la même famille. . . Les Grecs, au contraire, entrent « pour la plupart dans cette étude fort tard ou sans