‹ De la religionChapitre 150 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE I. 2Ç · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I. 2Ç

Ceux qui se vouent exclusivement au culte des dieux et se vantent de leurs faveurs spéciales, ne gagnent à cette consécration ni des prérogatives particulières ni une puissance incontestée. Ils mènent une vie errante, se glissant à la suite des armées, dans les conseils et dans les festins, en dépit des généraux et des rois dont ils s'attirent presque toujours la haine (i). On ne les appelle, on ne les recherche , que lorsqu'on pense en avoir besoin. Leurs interprétations des volontés divines sont fréquemment révoquées en doute, et les rendent parfois l'objet de mauvais traitements. Théoclymène, fugitif et proscrit, n'échappe à ses concitoyens qui le poursuivent qu'en s'embarquant avec Télémaque. C'est une preuve que le don de prophétiser ne conférait alors

(i) L'aversion pour le joug sacerdotal est inhérente à l'esprit grec, même dans les philosophes qui admiraient le plus les corporations sacerdotales des autres pays. Plalou, grand panégyriste de l'Egypte, lorsqu'il est appelé à constituer un sacerdoce ( de Legib. VI ) , dit que le choix des prêtres doit être laissé aux dieux, et que pour cela ils doivent être tirés au sort; mais que chaque sacerdoce ne doit être exercé par le même individu que durant une année.

aucun privilège. Leiodès le reclame en vain pour désarmer la vengeance d'Ulysse (i). Hippotès, l'un des héraclides, tue le devin Carnus (2). Calchas hésite à parler devant Agamemnon, de peur d'irriter sa colère. Je ne suis, dit-il, qu'un homme vulgaire et sans défense devant un roi (3). Lorsque rassuré par Achille, il a dévoilé la volonté d'Apollon , Agamemnon l'accable de reproches.

Trois vers de l'Odyssée indiquent d'une manière très-remarquable le rang inférieur que les prêtres occupaient. Ils sont représentés comme des hommes au service du public, et mis de pair avec les médecins , les architectes et les chanteurs, auxquels on accorde l'hospitalité et qui subsistent de la charité de ceux qui les emploient (4).

Homère, à la vérité, paraît en général favorable à la cause sacerdotale. Le ciel, dans

(1) Odyss. XXII, 320-329.

(2) Apollod. liv. II, ch. 3.jEïïomaus, ap. Euseb. lib.V.

(3) Iliad. I, 77-83, 106-108.

(4) Odyss. XVII, 384-386. Le poète ajoute les cui-

Page 1