LIVRE V, CHAPITRE I
vait le jour à Manto , fille de Tirésias (i). Amphiloque était prophète comme son père Amphiaraùs. Événius, raconte Hérodote, avait reçu du ciel la divination , parce que les Apolloniates l'avaient injustement privé de la vue : et l'historien ajoute, comme une conséquence naturelle de ce fait, que Déiphonus, fils de cet Événius, remplissait dans l'armée les fonctions de devin (2).
L'origine étrangère de ces familles sacerdotales n'est d'aucune importance dans cette question. Nous verrons plus loin que si quelques-unes étaient descendues des colonies par lesquelles la Grèce fut civilisée, et avaient conservé comme leur patrimoine la direction de certains rites spéciaux (3), elles ne devinrent néanmoins jamais une institution légale. La religion publique ne leur appartenait point. Leur véritable monopole était dans les mystè-
(i)Strabok, lib. XIV.
(2) HÉRODOT. IX, 92-94.
(3) Ceux, par exemple, de Cérès et de Proserpine , dont les Eumolpides étaient les ministres dans toutes les villes qui les adoraient.
3ûO DE LA RELIGION,
res, et les mystères étaient séparés de la religion publique (i). A plus forte raison ces familles n'exerçaient-elles point d'influence dans les temps que décrivent des épopées , dont les auteurs semblent avoir ignoré la partie mystérieuse de la religion grecque (2).
(1) Les deux cultes étaient si distincts, que des prêtres, subalternes dans l'un, occupaient dans l'autre le premier rang. Ainsi les Céryces, simples sacrificateurs dans les cérémonies vraiment athéniennes , devenaient , avec les Etimolpidcs , pontifes suprêmes dans les mystères d'Eleusis. (Creutz. Ed. AU. IV, 384.)
(2) La vérité à la démonstration de laquelle ce chapitre est consacré sera peut-être, de toutes celles que nous nous efforçons d'établir, la plus contestée. Ceux qui ont intérêt à nier la cause que nous assignons à la supériorité des Grecs sur les autres peuples, chercheront à jeter
i du doute sur l'absence du pouvoir sacerdotal en Grèce, 1 et il nous est aisé de prévoir qu'ils dénatureront les faits et confondront les époques. Or, comme il nous importe qu'une opinion fausse ne s'accrédite pas dans l'esprit de nos lecteurs , avant que nous ayons pu la réfuter, nous devancerons ici nous-mêmes les objections qui nous seraient faites, par deux assertions bien claires, dont nous avons prouvé l'une, et dont nous allons démontrer l'autre. Premièrement, les prêtres n'avaient aucune puissance' légale dans les âges héroïques. On a vu que l'Iliade en faisait foi. En second lieu, ils acquirent graduellement plus