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d'autorité, ilst)blinrent des prérogatives sanctionnées par les loisetl'habitude; maisils n'eurent jamais ni l'ascendant sans bornes, ni les privilèges exclusifs dont jouissaient les corporations de l'Inde, de l'Egypte ou de la Perse.
On peut fixer l'apogée de la puissance des prêtres grecs au temps de Sophocle. Le sacerdoce, dans les tragédies de ce poète, parle un langage tout différent de celui qu'il tient dans l'Iliade ou l'Odyssée. Agamemnon menace Galchas : mais c'est Tirésias qui menace Œdipe. Il lui dit ces paroles remarquables , répétées par ses successeurs, sous tant de formes et avec des nuances si variées : « Je suis le serviteur des Dieux, et non pas le tien.» (OEdipe Roi.) Nous faisons donc beau jeu à nos adversaires, en choisissant ce moment de l'histoire grecque pour pierre de touche de nos assertions. Eh bien ! à celte époque même, les prêtres ne possédaient en Grèce aucun pouvoir civil, politique ou judiciaire. Ils ne formaient point un corps particulier ou indépendant. Ce sont les propres expressions de l'auteur d'Anacharsis, qui en France fait autorité pour tout ce qui se rapporte à la Grèce. (Voy. d'Anach. chap. 21.) Le monopole de la religion n'était point le patrimoine, soit héréditaire, soit inviolable, d'une seule classe. Aucun lien n'unissait les ministres des différents temples. (Voy. d'An, ib.) Beaucoup de sacerdoces demeurèrent toujours électifs. Les prêtres et prêtresses des divinités particulières étaient en grande partie nommés par le peuple. A Delphes même, lieu plus spécialement voué au culte, la pythie était prise parmi les femmes de la ville. ( Eurip. Ion. 1 320.) Dans le même temple, le service du sanctuaire se faisait par les citoyens les plus recommandables, tirés au sort : l'intérieur du temple, dit Ion (loc. cit. 4I4)> regarde les premiers de Delphes que le sort désigne. Le second ar~
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chonte, à Athènes, avait l'administration du culte, et portait le nom d'archonte-roi, en mémoire de l'union antique de la royauté et de la prêtrise ; mais il n'était pas prêtre : le sort le choisissait comme les autres archontes. (Démosthen. in Neœr.) Des épimélètes qui l'aidaient, deux étaient tirés des familles des Eumolpides et des Céryces, et deux de la masse du peuple. ( Etym. magn. v° Épimélètes. ) Les Hiérophantides, prêtresses des mystères d'Eleusis, devaient à la vérité appartenir toujours à la famille des Philléides, mais les matrones athéniennes les nommaient à leur gré dans cette famille. (Worsley, Inscr. nup. edit. ) Ainsi, jusque dans les mystères, le privilège sacerdotal était tempéré par la participation populaire. (Acad. Inscr. XXXIX, 218; Reiske, Or. Grsec. VII, 209. ) Les fonctions sacerdotales étaient souvent temporaires, et ceux qui les avaient exercées rentraient dans la classe des simples citoyens. Ils n'étaient pas dispensés des charges militaires et civiles, même durant le temps de leurs emplois religieux. Callias, dadouque des Éleusinies, combattit à Marathon, revêtu de ses insignes sacrés. (Plutakch. in Arist.) Le sacerdoce était soumis aux tribunaux ordinaires. L'aréopage jugeait tout ce qui avait rapport à la religion (Meurs, in Areop.), sauf la révision de son jugement par l'assemblée du peuple. Le collège des Eumolpides, devant lequel se plaidaient les causes d'impiété, en même temps qu'il avait le droit terrible de décider d'après des lois non écrites ( Lysias contr. Andoc. ), ne prononçait qu'en première instance. L'arrêt définitif était réservé au sénat, et enfin au tribunal des Héliastes, c'est-à-dire à tous les Athéniens, puisque tous, à l'âge de trente ans, pouvaient y siéger. (Démost. cont. Andr.) Les Hiéromnémons, qui étaient chargés des cérémonies religieuses dans l'assem-
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bléedes Amphictyons, avaient le pas sur tous les autres membres de celle assemblée; mais leur dignité n'était point un apanage du sacerdoce, puisque les Hiéromnémons se tiraient au sort. (Den. H'Hal. i, 16.)
Que si l'on nous objectait que nous ne parlons ici que d'Athènes, nous répondrions que nous trouverions plus d'avantage encore à nous transporter à Sparte. Lycurgue, dans ses institutions singulières et que nous ne donnons en rien pour modèles, soumet entièrement la religion au pouvoir royal, et même à l'autorité militaire. Pausanias, général des Lacédémoniens , à la bataille de Platée , présidait aux sacrifices et immolait les victimes, comme les héros sous les murs de Troie. (Hérod. IX, Go-6i.) L'interprétation des signes célestes appartenait aux magistrats. Les deux sacerdoces principaux, celui de Jupiter uranien et de Jupiter lacédémonien, étaient des apanages de la royauté. ( Hkrou. VI, 56.) Les rois choisissaient les députés qu'on envoyait à Delphes interroger Apollou (Hér. VI, 57); et la connaissance des réponses du Dieu leur était exclusivement réservée. Cette prérogative faisait de l'oracle d'Apollon un instrument du pouvoir royal. L'histoire de Sparte est remplie d'exemples qui le prouvent. Les Argiens ayant proposé une suspension d'armes aux Spartiates, Agésipolis, en qualité de roi , s'appuya, pour la refuser, de l'autorité de Jupiter olympien et d'Apollon delphique. (Xénoph. Hist. gr. IV, 7; Cicér. de Divin. ) Les éphores, qui étaient les organes du ciel, et qui, investis du droit de contempler les astres, une fois tous les neuf ans, pendant une nuit sereine et sans lune, pouvaient, s'ils voyaient tomber une étoile, suspendre les rois de leur dignité (Plutarch. in ^Egid. ), étaient des magistrats et non pas des prêtres.
Il ne faut pas confondre l'influence des devins avec
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celle des prêtres proprement dits. Les devins n'étaient! point membres d'un ordre constitué. Une anecdote, qui nous est transmise par Xénophon (Anab. VI, 4, § 2), prouve cpie les Grecs ne considéraient point , même de son temps, la divination comme l'attribut d'une profession particulière. Un sacrifice offert par l'armée grecque n'ayant pas eu de résultat favorable, les soldats soupçonnèrent Xénophon d'avoir séduit le devin , pour les obliger à rester dans le lieu où ils se trouvaient et h y fonder une colonie. Xénophon, alarmé de leurs soupçons, fit publier qu'on recommencerait les sacrifices le lendemain, et que, s'il y avait quelque autre devin dans l'armée, il était invité à y assister.
D'après ces détails, on voit qu'à toutes les époques les Grecs restèrent indépendants de l'autorité sacerdotale. Leurs prêtres exercèrent souvent une grande influence, mais ce fut en excitant les passions populaires, et non par leur action directe et légale. Ce fut ainsi seulement qu'ils provoquèrent la mort de Socrate. Ils conseillèrent le crime, le peuple le commit. Elevé dans l'état, simultanément avec les autres institutions, le sacerdoce grec y fut reçu , sans les dominer ; et de la sorte se corrobore et se confirme toujours davantage notre distinction entre les Grecs et les autres peuples de l'antiquité.