CHAPITRE IL
Qu'il est néanmoins possible qu'à une époque antérieure aux temps héroïques , les Grecs aient été asservis par des corporations sacerdotales.
JLes considérations que nous venons de soumettre à nos lecteurs ne nous portent point toutefois à affirmer que jamais les Grecs ne furent gouvernés par des corporations sacerdotales. Plusieurs faits qui nous sont parvenus, bien qu'isolément, à travers l'obscurité des siècles et la confusion des fables, semblent indiquer qu'à une époque encore antérieure à celle que nous nommons fabuleuse, la Grèce fut subjugée momentanément par un ordre de prêtres, soit indigènes, soit étrangers (i). Nous rencontrons
(i) M. Creutzer a été conduit, par une route différente de la nôtre, à reconnaître, ainsi que nous, une
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dans Homère quelques indications de l'affaiblissement de cette puissance. Les prêtres des âges qui le précèdent sont revêtus d'une autorité plus grande et occupent un rang plus
époque durant laquelle le sacerdoce a pu donner aux Grecs, avec l'autorité d'une position plus élevée que le reste de l'espèce humaine, ses mystérieux enseignements. Mais il place cette époque entre le culte des Pelages et les brillantes fictions d'Homère. Nous la plaçons avant l'état sauvage des Grecs et le fétichisme pélasgique. On verra nos motifs dans ce chapitre même. M. Creutzer nous semble n'avoir pas évité une erreur que nous avons déjà relevée. Il suppose qu'une distance énorme existait entre le peuple grec et ceux qu'il appelle ses instituteurs. S'il s'agit des étrangers, nous montrerons , en traitant des colonies débarquées en Grèce, que cette distance n'existait pas. S'il est question d'instituteurs indigènes, elle a existé bien moins encore. La puissance de l'image, l'autorité du symbole, n'ont point été des découvertes, mais des faits, qui, se renouvelant toutes les fois que la passion ou l'enthousiasme parlaient, ont constitué une langue dont le sacerdoce s'est emparé. Mais ce n'est point, comme le dit M. Creutzer, parce que les prêtres connaissaient les lois fondamentales de l'esprit humain, qu'ils ont parlé symboliquement; c'est que l'image et le symbole sont les expressions naturelles de l'esprit humain, aussi long-temps qu'il n'a ni notions abstraites ni formes logiques. Les prêtres n'en avaient primitivement pas plus que le peuple. Ils ne se sont point proportionnés