‹ De la religionChapitre 157 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE II. 3 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II. 3 1 I

n. titre, il faudra toujours admettre le fait postérieur que nous avons prouvé. Autrefois esclaves des prêtres, les Grecs en sont devenus indépendants.

Comment cette révolution s'est-elle opérée? comment, triomphants dans tous les autres pays qu'ils ont gouvernés, les prêtres ont-ils si complètement succombé en Grèce?

Nous ne pouvons offrir sur cette question que des conjectures.

Les deux guides principaux qui dirigent dans ces temps anciens les pas des modernes, nous refusent ici leur secours.

Homère n'indique d'aucune manière l'époque à laquelle les prêtres grecs auraient joui d'une puissance moins limitée que celle qu'il leur attribue. Il se tait sur l'événement qui les aurait privés de leurs privilèges, pour les précipiter dans une position précaire et subalterne. Hérodote ne dit point comment le culte du phallus fut banni de la religion publique et se réfugia dans les mystères. Les assertions de ces deux auteurs ont plutôt le caractère de réminiscences vagues que de récits positifs. De pareilles réminiscences peuvent traverser les siècles et les révolutions

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sans en être atteintes, et paraître inexplicables au milieu d'un état de choses avec lequel elles n'ont plus de rapports.

Mais l'histoire des autres nations ne nous fournit-elle pas les lumières que celle de la Grèce nous refuse? Nous avons vu, dans un livre précédent, que partout le pouvoir militaire ou politique tenta de briser le joug de l'autorité sacerdotale.

Ce qui fut ainsi essayé partout put l'être aussi en Grèce. Le climat doux et tempéré de cette contrée disposait ses habitants au développement de leurs facultés intellectuelles : ils n'avaient pas besoin pour conserver ou fertiliser leur territoire de grands travaux hydrostatiques ou mécaniques. Des limites naturelles divisaient leur pays en petits états , souvent attaque's par leurs voisins. Les bornes étroites qui les resserraient rendaient presque impossible un despotisme absolu de la part d'un ordre ou d'une caste, et la nécessité toujours imminente de la défense devait faire prévaloir l'autorité militaire. Enfin l'astrolâtrie était étrangère en Grèce. Cette circonstance fut décisive. Sans l'absence de l'astrolâtrie, les Grecs n'eussent point fait une heureuse ex-

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