Livre fcil, chapitre iv
Souvent ces deux espèces de divinités
sont invoquées ensemble : le soleil, à la fois
marche toute différente. En second lieu, ils n'ont pas senti suffisamment que même chez les peuples dont la religion reposait uniquement sur l'astronomie, il y avait toujours eu sous le culte scientifique, un culte purement populaire, dont il ne fallait pas chercher l'explication dans la science; mais d'une part dans des passions, et de l'autre dans des intérêts, qui sont partout et toujours les mêmes.
On verra plus loin que ce culte populaire était nécessairement un fétichisme , plus ou moins déguisé , mais qui, élaboré parles prêtres, s'associait au culte scientifique et se confondait avec lui. Il s'ensuit que toute explication qui part d'une seule idée -, est nécessairement plus ou moins fausse.
L'adoration des astres et des éléments s'introduit dans le fétichisme , le fétichisme se place sous l'adoration des éléments et des astres : d'un côté , parce que les peuples qui commencent par l'astrolâtrie veulent pour leur usage journalier des dieux plus individuels ; de l'autre , parce que ceux qui partent du fétichisme, mettent les astres et les éléments parmi leurs fétiches. ( Georgi; Beschr., Russ. Voelkersch. p. 289; ADAiR,His. of the amer. Indians. p. 217.) Les hordes fétichistes qui, en Afrique ( DèsmaRchais, Voy. en Guinée, I, 100 ), en Amérique ( Ulloa, Voy. en Amer. ), et dans le Kamtschatka ( Stellek, descript. du Kamtschatka , p. 281 ), ne rendent aucun culte aux astres, sont les plus grossières de toutes. Les moins sau-
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globe de feu et roi des planètes , est le centre ou le lien commun des deux systèmes religieux.
vages, et en même temps les plus nombreuses, sansenfaire leurs divinités uniques, les placent néanmoins au rang des divinités ( Acosta, Hist. des Indes occidentales, Laët, Beschryv. V. Vest-ïnd. p. 164, Torti, Relation de la Louisiane. ) Mais une distinction fondamentale subsiste toujours. Chez les nations qui commencent par l'astrolâtrie , les dieux terrestres n'occupent jamais qu'une place subalterne. Les éléments et les astres sont au premier rang. Les Egyptiens, suivant Diodore ( fragment cité par Eusebe, Praep. évangel. liv. II), distinguaient deux classes de dieux; les uns éternels et immortels, comme le soleil v la lune, les planètes. Ils y joignaient les vents et tous les êtres qui tiennent de leur nature. Les dieux nés sur la terre formaient la seconde classe. Les peuples au contraire qui, fétichistes d'abord, divinisent ensuite les constellations comme objets visibles, ou les éléments comme forces mystérieuses , ne les mettent point à la tête de la hiérarchie eéleste. Apollon et Diane, par exemple, dans la mythologie grecque, sont des dieux secondaires et distincts du soleil et de la lune que les Grecs appellent Hélios et Séléné. Ce ne fut qu'à une époque fort postérieure du polythéisme grec, que les poètes les confondirent. Du temps des tragiques , cette confusion n'avait pas eu lieu. Eschyle distingue les rayons du soleil et ceux d'Apollon. ( Suppliant. , j 98. ) Euripide ne considère point Diane comme la lune, mais comme le génie tutélaire de cette planète. ( Iphig, en Aulide, 1570. ) Il s'ensuit que, malgré toutes les additions postérieures, les deux cultes conservent leur tendante primitive.