LIVRE ÏII, CHAPITRE IV
Or ces deux systèmes créent immédiatement un sacerdoce revêtu d'une puissance que n'ont et ne peuvent avoir les jongleurs des sauvages.
Il est impossible de transformer les éléments ou les astres en fétiches individuels. Personne n'en peut réclamer la propriété exclusive. Ils deviennent nécessairement des dieux collectifs, et pour ces dieux collectifs il faut des prêtres qui représentent auprès d'eux la nation entière.
Pour connaître d'ailleurs le mouvement des astres; pour observer les phénomènes physiques, il faut un certain degré d'attention et d'étude.
Cette nécessité constitue, dès l'origine des sociétés, et tandis que la masse du peuple est encore toute sauvage, des corporations qui font de l'étude des astres leur occupation , de l'observation de la nature leur but, et des découvertes qu'elles recueillent sur ces deux objets leur propriété (i).
(i) « Quoi de plus naturel pour les Égyptiens, dont le « salut se rattachait à un événement périodique , que « d'avoir, dès l'instant où ils s'établirent dans le Delta, « une classe de calculateurs, de géomètres et d'astrono- « mes? » ( Hkrdfr , Phil. de l'hist. III, 117. )
3o DE LA RELIGION,
Or ces corporations , qui se rendent exclusivement les dépositaires de la science naissante , ne peuvent manquer d'acquérir une influence plus étendue que celle qui appartient naturellement au sacerdoce, dans les religions dont les dieux ne sont pas l'objet d'une observation scientifique , et chez les tribus qui n'ont besoin que de petites divinités portatives, que chaque individu peut facilement prendre avec lui, comme son arc et ses flèches, alors qu'il parcourt solitaire la profondeur des forets.
Il y a plus : à côté de l'étude des mouvements réguliers des astres, se place bientôt celle de leurs relations supposées avec les hommes. A côté de l'observation des phénomènes terrestres , se place de même l'interprétation de ces phénomènes qui semblent parler à la race humaine une langue sacrée (i). L'adoration des corps célestes , qui conduit à l'astronomie, conduit en même temps à l'astrologie (2). L'adoration des éléments mène à la
(1) La pyromantie était une partie de la religion des Perses. Le feu, dit le Zend Ayesta , Izeschné II, 67, donne la connaissance de l'avenir, la science , et inspire des discours aimables.
(3) « Les prêtres égyptiens, ditpiodore, 1,2, a3, avaient