LIVRE V, CHAPITRE II
de la Grèce, et précisément dans les plus anciens , les plus étrangers à la religion populaire, deviendraient faciles à expliquer.
Nous ne repoussons donc nullement la supposition qu'à une époque qu'entoure une nuit épaisse , il y ait eu en Grèce une religion sacerdotale , et des corporations puissantes, créées par cette religion et vouées à son maintien. Mais une révolution violente détruisit cette religion et ses pontifes, avec toute la civilisation dont ils étaient les auteurs. Car tous les reneignements historiques qui remontent aux premiers temps de la Grèce nous montrent ses habitants réduits à l'état sauvage (i). Rien de
(i) Voy. le commencement de l'histoire de Thucydide. Consult. encore Platon, in Protag. Dion. I; Pausan. VIII, i ; Euripid. in Sisyph. fragm. Mosch. ap. Stob. Ecl. phys. I; Athénée, XIV, Sext. Empir. adv. Math. II. Goguet , auquel on ne peut refuser le mérite d'un compilateur coordonnant assez bien les faits qu'il recueille , et en tirant des résultats assez justes, peint les premiers Grecs , en citant à l'appui de cette description plusieurs des autorités que nous avons alléguées nous-mêmes , « comme des sauvages qui, errants dans les bois et dans « les campagnes, sans chefs et sans discipline, n'avaient « d'autres retraites que les antres et les cavernes, ne « faisant point usage du feu , ni des aliments convena-
plus simple et de plus inévitable. Avec les prêtres devait disparaître pour le moment tout ce qu'il y avait de sciences, d'arts et de lumières. Leur renversement reporta la Grèce par-delà la barbarie. La tendance du pouvoir sacerdotal étant de tenir le peuple dans l'ignorance, l'anéantissement du sacerdoce dans un pays où il a régné sans rivaux doit occasioner la perte dé toute la civilisation antérieure. C'est ce qu'on remarque chez tous les peuples soumis aux prêtres, chez les Hébreux, en Egypte, en Phénicie. Les sciences y suivent toujours le sort de l'ordre sacerdotal (i). La question est de savoir comment, quand cet ordre est détruit, l'espèce humaine se remet en marche. Si elle retombe sous le joug, comme dans l'Orient, elle reprend, avec sa servitude, la portion limitée de connaissances que ses maîtres tolèrent (2). Si elle reste af-
« blés à l'homme, féroces jusqu'à se manger les uns les « autres , quand l'occasion s'en présentait. » ( De l'Origine des lois, etc. I, 1, 5çj.)
(1) Meiners, Hist. de l'Origine, des progrès et de la chute des sciences en Grèce.
(a) Ainsi, lorsque Cambyse, dévastant l'Egypte, eut