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LIVRE V, CHAPITRE III

Il nous serait facile d'indiquer, dans les pratiques des Grecs, même à des époques postérieures, les traces des notions des sauvages fétichistes. Ils arrosaient de sang les pieds des statues; et, ce qui est plus remarquable, les dévots d'Athènes versaient une huile sainte sur certaines pierres consacrées (i). De même, les Ostiaques , les Tongouses et d'autres peuplades enduisent de sang leurs fétiches (2).

Ainsi que les sauvages, les Grecs des premiers temps maltraitaient leu rs divinités. Théocrite le rappelle au dieu Pan dans une de ses

Cretois de jurer par les animaux sacrés, et non par les divinités supérieures. Cette loi ne serait-elle pas venue de ce que les animaux avaient été adorés jadis comme des fétiches? Lorsqu'on les remplaça par des êtres d'un ordre plus élevé, les hommes conservèrent l'habitude de prendre à témoin leurs anciennes idoles; et une idée de respect pour des dieux plus imposants se mêlant à cette habitude, il fut défendu d'invoquer légèrement ces derniers.

(1) TuiopHR. de Superst.

(a) Voy. l'Essai sur le schamanisme de Lévêque, trad. de Thucyd. III, 278; du Culte des dieux fétiches, p. 1 5 1 ; et Guasco, de l'Usage des statues, p. 47-

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idylles (r); et l'auteur de la Théogonie (2) indique comme punition des dieux parjures la destruction de leurs temples, de leurs autels et de leurs statues.

Une différence existe sans doute entre les fétiches des Grecs et ceux des sauvages modernes que les voyageurs nous ont fait connaître. Les premiers sont déjà des fétiches nationaux. C'est que les renseignements que nous avons sur ce fétichisme datent d'une époque où les Grecs commençaient à former des sociétés. Les fétiches de l'association avaient dû remplacer ceux des individus; mais ceux-ci n'étaient pas entièrement supplan tés. Les Grecs

î 1) Idyll. VII, V. 106. « Si tu m'accordes la faveur que « je demande, » dit le poète à son dieu rustique, * puissent « les enfants de l'Arcadie ne plus te frapper les flancs à « coups de squilles, quand ils auront fait une chasse « malheureuse. »

(2) Hksiod. Théog. 793 et suiv. Quelques auteurs ont prélenduque la fable de l'Égide, ou de la tête de Méduse portée sur un bouclier, tantôt par Jupiter et tantôt par Minerve, était un vestige de l'habitude des sauvages de scalper leurs ennemis et de se parer de leur chevelure.

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