LIVRE V, CHAPITRE III
portaient sur eux de petits dieux pygmées qu'ils invoquaient» toute occasion (i).
Quelques écrivains ont regardé ces simulacres diminutifs comme de simples images, destinées à rappeler des divinités invisibles; mais toute distinction entre les divinités et les simulacres est prématurée, quand il s'agit de peuples encore ignorants. Chez eux, les simulacres sont des dieux, car ils se meuvent, ils pleurent, ils parlent, ils prédisent. La superstition est tellement disposée à confondre les deux choses, que la confusion subsiste en dépit des lumières contemporaines et de l'esprit des siècles. A Madrid , à Lisbonne (2), à Naples, les madones baissent les yeux, se voilent, soupirent; saint Janvier verse des larmes. Le fétichisme est, pour ainsi dire, toujours aux aguets, pour rentrer dans la religion. Il n'y réussit pas aujourd'hui, parce que, tout en profitant du penchant populaire pour accroî-
(1) Pausan. II, n. Les Cabires, divinités des mystères, conservèrent long-temps la figure de ces dieux pygmées. ( Creutz, éd. aile m. IL 35o )
(2) Voy. l'ouvrage de madame Baillie intitulé Lisbonne en 1821, etc.
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tre son autorité, le sacerdoce, surveillé qu'il est par la classe instruite , repousse ou désavoue ce que le fétichisme a de trop absurde. Mais chez les Grecs redevenus sauvages, et chez lesquels il ne se trouvait plus ni sacerdoce régulier ni classe instruite, le fétichisme dut triompher.
Les racines qu'il jeta furent profondes : nous venons de parler du serpent de Thémistocle; mais, à une autre époque, une contagion produisit le même effet que l'invasion des Barbares. Frappés de la peste, les Athéniens se souvinrent que leurs ancêtres avaient tué l'inventeur de la vigne, Icare, pour les avoir plongés dans une ivresse qu'ils crurent mortelle; et ils élevèrent des autels à un chien fidèle, qui n'avait pu survivre à son maître (i).
Ce fétichisme grec eut pour sacerdoce des jongleurs, peu différents des jongleurs modernes (2). En vain les prêtres des temps postérieurs s'efforcent-ils de nous les présenter sous un aspect imposant et favorable. Ils
(i) ;Elian. Hist. Anim. VII, 28.
(2) Saiîïte-Croix, des Myst. I, 29.