‹ De la religionChapitre 169 sur 248 · LIVRE V, CHA.PITHK III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHA.PITHK III

prêtent à des coutumes grossières des motifs mystérieux. Mais les prêtres des sauvages d'aujourd'hui nous fournissent des idées approximatives sur ceux des sauvages d'autrefois, et les tragiques grecs s'accordent tous pour nous confirmer dans la conviction que les deux sacerdoces étaient identiques (i).

Si nous nous en rapportions aux paroles d'Homère, nous n'élèverions pas même les prêtres de Dodone au-dessus de la catégorie des jongleurs. Il nous les montre couchant sur la dure , couverts de fange, bravant les rigueurs du froid, les pieds nus, improvisant leurs oracles (2). Les bassins de cuivre (3) suspendus aux vieux chênes , et dont le son prophétique annonçait l'avenir, sont à peu

(1) Eschyle, Prométhée, 82^-83 1. Sophocle, Trachiniennes, 1164-1168. Euripide, Andromaque, 885 886.

(■x) Iliad. XVI, 9.33-236. Strabon s'autorise de ce passage d'Homère sur les prêtres de Dodone, pour les peindre comme des hommes sauvages et farouches.

(3) Steph. de Bysance, Ap. Gronov. Thés. Antiq. Graec. VIL Spamheim, ad Callimach. Delos, a85. Sallier et de Brosses , Acad. Inscr. XXXIV. Heyhe, Excurs. ad Iliad. VII.

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près les tambours des Lapons; malgré l'équivoque accueillie par Hérodote , les colombes inspirées ressemblent à des fétiches (i), et l'outre dans laquelle Éole livre à Ulysse les vents contraires, a une analogie non méconnaissable avec les outres pleines de vent que les sorciers du Nord vendent aux navigateurs. Il se peut toutefois que ces prêtres de Dodone fussent un débris d'une corporation sacerdotale détruite (2).

(1) Hérod. loc. cit. Lévèque , Excursion sur le schamanisme. Traduction de Thucydide, III, 278.

(2) L'Épire, où l'oracle de Dodone était situé, demeura toujours presque étrangère par ses mœurs, ses rites et ses habitudes au reste de la Grèce. La fable d'Echétus, roi de ce pays, qui mutilait les étrangers que leur mauvais destin lui livrait , et qui les faisait dévorer par ses chiens ( Odyssée), et le proverbe grec , «Je l'enverrai à Echétus,roi d'Épire,» prouvent combien les communications entre la Grèce civilisée et l'Épire barbare étaient peu fréquentes et peu sûres. Cette haine des étrangers ne devrait-elle pas être attribuée à l'action d'un sacerdoce inhospitalier ? Certaines cérémonies qui se pratiquaient à Dodone long-temps après le triomphe du véritable polythéisme grec, paraissentavoir été conservées de l'ancienne religion pélasgique. Dioné, par exemple, la mère de Vénus, qui occupe un rang très-obscur dans

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