‹ De la religionChapitre 172 sur 248 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De Vinfluence des colonies sur l'état social et la religion de la Grèce.

(Jn s'est fort exagéré l'influence que les colonies étrangères, et surtout égyptiennes, exercèrent sur la Grèce (i). On a pensé et l'on

(i) L'auteur le plus judicieux et le plus prudent de tous ceux qui ont traité des premiers temps de la civilisation grecque, M. Heeren, a, jusqu'à un certain point, mérité ce reproche. « Quand nous n'aurions », dit-il », « aucune preuve historique des émigrations égyptien» « nés et phéniciennes en Grèce, la chose serait vrai- « semblable par elle-même. Mais nous manquons si peu « d'indices de ce genre, qu'ils sont au contraire plus nom- « breux et plus détaillés que nous ne devions le présu- « mer... Mille traditions démontrent l'influence de ces « colouies. On rapporte à Cécrops l'institution du ma- « riage : la citadelle d'Athènes portait son nom , comme

34û DE LA RELIGION,

pense encore que les Grecs, ayant reçu de ces colonies, avec les premières connaissances né-

« celle de Thèbes le nom de Cadraus ; et la dénomination « du Péloponèse prouve les suites mémorables de l'arri- « vée de Pélops dans cette contrée. » Quant à la multiplicité et à l'exactitude apparente des détails transmis par les Grecs sur ces époques reculées de leur histoire , cette multiplicité même et cette exactitude prétendue nous rendent ces détails plutôt suspects. Ils portent l'empreinte d'additions postérieures , auxquelles recouraient des écrivains qui , partant de quelques faits généraux , se livraient à leur imagination, pour remplir de vastes lacunes. Nous l'avons dit ailleurs : dans de telles questions, l'affirmation est une raison de doute, et des récits minutieux sont nécessairement des récits inventés- Quant à l'inférence que M. Heeren tire des noms étrangers, imposés au Péloponèse et à l'Attique, il se pourrait tout aussi bien que ces noms ne fussent pas étrangers, et que les chefs des colonies, ou même des peuplades indigènes, eussent adopté ceux des pays où ils s'établissaient ou qu'ils habitaient. L'hypothèse de Rabaut (Lettr. sur l'hist. prim. de la Grèce) est certainement aussi fausse que toutes les hypothèses qui reposent sur une seule idée. La mythologie grecque n'est pas plus un système de géographie que d'astronomie. Mais il y a partout des vérités partielles; il est plus probable que les lieux consacrés par des habitudes , les fleuves, par exemple, ou les montagnes, ont imposé leurs noms aux individus remarquables d'une époque barbare, qu'il ne l'est que ces individus aient changé arbitrairement des dénominations usitées.

Page 1