‹ De la religionChapitre 174 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

qui militent contre cette opinion, adoptée sur parole. Il faut donc avant tout examiner de quelle espèce étaient les colonies qui ont abordé d'Egypte sur les côtes de Grèce, quels étaient leurs chefs, quelles doctrines elles ont pu apporter, quel intérêt elles ont dû mettre à faire prévaloir ces doctrines, et quel pouvoir il était naturel qu'elles obtinssent sur les indigènes.

Les Egyptiens, comme nous l'avons dit, étaient divisés en castes. Leur sacerdoce était un monopole : leur religion était double, abstraite d'une part, grossière de l'autre, emblématique ou matérielle, suivant le point de vue sous lequel ou l'envisageait. Le peuple ne connaissait de cette religion que l'extérieur ; et cet extérieur, qui consistait dans l'adoration d'animaux que la multitude prenait réellement pour des dieux, n'élevait guère la croyance publique au-dessus du fétichisme (i). De ce

(i) Nous reviendrons sur cet objet quand nous traiterons des religions sacerdotales, parmi lesquelles la religion égyptienne occupe le premier rang. Il suffit maintenant de rappeler les faits ; ils sont trop connus pour

pays ainsi partagé en classes diverses, et soigneusement séparées les unes des autres par des barrières insurmontables, sortirent des colonies. Si ces colonies eussent été composées de prêtres et que ces prêtres eussent été victorieux , nous aurions vu en Grèce ce qui s'est offert à nos regards dans les autres contrées, un peuple esclave et un sacerdoce toutpuissant, un peuple fétichiste, et un sacerdoce savant, métaphysicien et astronome.

Mais les Égyptiens nourrissaient contre la mer une grande horreur : elle était pour eux le mauvais principe (i). Aucun membre des

qu'il soit nécessaire de les appuyer ici de preuves; et, quant à leurs causes, elles seront expliquées ailleurs.

(i) Plutarque (de Is. et Osir. ) dit que dans leur langue sacrée, les Égyptiens appelaient la mer Typhon, parce que le Nil s'y jette, et paraît de la sorte s^ânéantir. Cependant les Égyptiens rendaient aux poissons les honneurs divins. (Hérod. II, 117; Minut. Félix, Juvénal, sat. XV.) Schmidt ( de Sactrd. et Sâcrif.iEgypt.) explique cette contradiction apparente en supposant que le culte des poissons, comme celui des ognons et des crocodiles, était particulier à certaines provinces. On s'est étonné aussi de ce que ces peuples portaient, dans leurs fêtes publiques, la plupart de leurs dieux sur des vaisseaux. Mais

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