LIVRE V, CHAPITRE IV
castes supérieures ne se livrait à la navigation. Tout voyage maritime était formellement interdit aux prêtres (1).
Peut-être cette circonstance doit-elle nous engager à établir une distinction entre les colonies sorties de l'Egypte. Diodore, en parlant de celles que Bélus conduisit à Babylone, dit que ce prince y institua des prêtres sur le modèle égyptien, et les exempta de tous les impôts et de toutes les charges publiques.
cette pratique tenait à ce que l'Egypte étant coupée par le Nil qui se divise en mille canaux, on y allait sur des barques comme à Venise sur des gondoles. En conséquence les dieux de l'Egypte montaient sur des bateaux, comme les dieux des Grecs sur des chars.
(i) PtcTARCH. Sympos. Quaest. VIII, 8.11 en est encore de même dans l'Inde. Des traces de cette interdiction se trouvent dans Diodore, et nous voyons deux bramines dégradés pour avoir traversé l'Indus. (As. Res. VI, 535- 539.) Ceci prouverait, à ce qu'il nous semble, qu'on a cherché à tort la cause de l'aversion des Égyptiens pour la mer dans une superstition particulière à l'Egypte. Ses, habitants, a-t-on pensé, attachaient un grand prix à l'embaumement des corps, et détestaient l'élément qui, les engloutissant dans ses abîmes, rendait impossible de les retrouver Mais une opinion semblable dans l'Inde, pu l'embaumement des corps n'est point en usage, ren^
Mais il ne rapporte rien de pareil sur les colonies qui débarquèrent en Grèce (i).
verse cette explication. La haine du sacerdoce pour les étrangers en offre une plus satisfaisante ; et ce qui nous semble décisif, c'est cpie la religion réprouvait les expéditions maritimes chez les Perses, comme chez les Egyptiens. (Hyde, de Rel. Pers. ) Le sacerdoce a toujours voulu s'isoler, pour régner en paix. Ce ne fut que par degrés , lorsque les intérêts l'emportèrent sur les opinions, c'est-à-dire quand la civilisation eut fait des progrès, que les Egyptiens, entraînés à trafiquer sur la mer Rouge et jusque dans l'Inde (Voy. Hérodote et Diodore ; et, à l'appui, la description de l'Egypte, t. II, p. 63, et Champollion jeune, Système hiéroglyph. p. 227 et suiv. ), forcèrent leurs prêtres à transiger avec les idées nouvelles, et à remplacer les superstitions anciennes par d'autres plus analogues à l'esprit d'un siècle commerçant. Devenue le théâtre d'expéditions lucratives et la source d'immenses richesses , la mer ne pouvait rester soumise au mauvais principe. Typhon et Nephtys, sa sœur, sa femme, son émule en hostilité contre la race humaine, cédèrent le sceptre à Isis Pharia. De nouveaux attributs caractérisèrent la divinité nationale, qui, chargée de ces nouvelles fonctions, s'avançait vers le phare, le sistre daus une main, une voile enflée dans l'autre, pour désarmer l'élément perfide et le contraindre à porter docilement le poids des navigateurs protégés par elle.
(1) S'il y a eu , comme le prétend M. Creutzer (I, a63), des colonies sacerdotales parmi celles qui abordèrent