‹ De la religionChapitre 176 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

Les éraigrants qui composaient ces dernières n'étaient probablement que des hommes du peuple, forcés par le besoin à surmonter la répugnance nationale, et guidés tout au plus par quelques chefs d'une naissance distinguée, mais bien moins occupés de science et de religion que des hasards de leur entreprise (i).

chez les Grecs et les civilisèrent, elles ne les subjuguèrent point. Les prêtres furent forcés d'enfouir les doctrines qui répugnaient au génie national dans les mystères qu'ils établirent. Ainsi, le culte de Cérès, apporté de Thrace ou d'Egypte à Eleusis , resta toujours dans la religion secrète. La tradition relative à Jupiter Apaténor (Jupiter trompeur), dans laquelle le même auteur (III, 540-543, éd. allem. ) trouve la preuve de l'influence d'une colonie sacerdotale sortie d'Egypte, s'explique sans qu'il soit besoin de son hypothèse. Les rapports qu'il indique entre le dieu grec et Jupiter Ammon résulteraient également des souvenirs conservés par les émigrants égyptiens, sans que ces émigrants eussent été prêtres. D'ailleurs rien ne constate que l'époque des Apaturies , célébrées à Athènes , remonte au débarquement des premières colonies. Les communications postérieures de l'Égyptç avec la Grèce purent y introduire cette fête, ainsi que beaucoup d'autres, et la chose est d'autant plus probable que l'autorité principale de M. Creutzer dans cette occasion est Pausanias.

(1) C'est avec satisfaction que je me trouve d'accord

De telles colonies ne pouvaient connaître que les dehors d'une religion dont le sens occulte

sur ce point avec un philosophe allemand, dont je n'adopte point toutes les opinions, mais aux lumières duquel j'aime à rendre justice. « Les Grecs », dit M. Gœrres (II, 782), « reçurent leur civilisation de colonies égyp- « tiennes, conduites probablement, non par des prêtres , « mais par des guerriers qui n'avaient des livres sacrés de « leur pays qu'une connaissance très-imparfaite. » Il ne faut pas qu'ici le mot de guerriers nous fasse illusion. Il y avait sûrement des hommes de la caste des guerriers parmi les colons égyptiens; mais leurs expéditions n'en avaient pas un caractère plus belliqueux. Ils cherchaient un asile, et non des conquêtes , que leur petit nombre et la férocité des indigènes rendaient impossibles. Si, à côté des autorités que je produis, j'en voulais citer de moins imposantes, je m'appuierais de celle de M. Clavier, qui, en attribuant aux Phéniciens ce que nous disons de l'Egypte, ajoute que leurs colonies n'entreprenaient pas de s'établir parla force dans les pays où elles allaient, et n'employaient que les voies de la persuasion et l'ascendant qu'un peuple déjà civilisé a sur ceux qui ne le sont pas, lorsqu'il n'en use, en apparence, que pour l'avantage d<; ces derniers. (Hist. des premiers temps de la Grèce, 1,8.) Mais M. Clavier, malgré son érudition, est un auteur de peu de critique; et, sans la date de son livre, on le croirait écrit à une époque où notre ignorance de l'Orient réduisait les savants qui s'occupaient des antiquités grecques à des conjectures très-hasardées à la fois et très-étroites.

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