LIVRE V, CHAPITRE IV. 3/fQ
était scrupuleusement caché au vulgaire (i). F /on a d'ailleurs souvent remarqué que, chez toutes les nations, la dévotion des hommes de guerre, des marins, de tous ceux qui , bravant de grands dangers et supportant des agitations violentes, trouvent dans leur vie aventureuse peu de loisir pour la réflexion, dégénère ordinairement en une superstition toute extérieure.
11 n'y avait donc point entre les colonies et les premiers Grecs l'intervalle qu'on a supposé. La distance était seulement de quelques degrés, et cette circonstance fut très-favorable à la civilisation de la Grèce.
Pour qu'une colonie civilise des sauvages, il faut qu'elle ne soit pas à leur égard dans une disproportion trop marquée de force ou
Ci) M. de Sainte-Croix lui-même reconnaît qu'il est difficile de croire que les émigrants d'Egypte aient apporté en Grèce la véritable doctrine sacrée de leur pays. Il admet qu'on peut raisonnablement douter qu'il se soit trouvé parmi eux des membres de l'ordre sacerdotal, ou seulement des hommes assez instruits pour propager les dogmes qui formaient le dépôt confié aux ministres du culte. (Rech. sur les Myst. I, 4o3, éd. de M. de Sacy.)
35o DE LA H ELI GI ON,
de lumières. Quand des colonies ont une trop grande supériorité de force, elles ne civilisent pas les indigènes, elles les asservissent ou les détruisent. Quand elles ont une trop grande supériorité de lumières, les indigènes sauvages ne peuvent s'élever de leurs notions grossières à des opinions beaucoup trop raffinées. Les intermédiaires manquent. Les hordes américaines sont restées sauvages et fétichistes, faute d'avoir pu se reposer dans la barbarie et le polythéisme , avant d'atteindre le théisme et la civilisation. Les Européens n'ont jamais civilisé les sauvages qu'ils ont découverts, parce qu'ils leur ont toujours proposé des mœurs, des idées, une religion entièrement hors de leur portée. L'intervalle était trop grand.
Il n'en était pas ainsi dans l'antiquité. La différence entre les colonies et les indigènes étant beaucoup moindre, la communication dut être plus facile, l'instruction plus efficace. Mais, par-là même, il dut en résulter un amalgame plutôt qu'une révolution.
Les colonies égyptiennes n'avaient pour but ni de convertir ni de poiicer les peuples