LIVRE V, CHAPITRE IV
Or, les colonies qui arrivaient en Grèce avaient nécessairement éprouvé beaucoup de malheurs pendant leur traversée. Fuyant de leur pays natal , battues des vents, menacées par les flots, exposées à la faim et à toutes les peines physiques, elles n'atteignaient qu'après de longs efforts le sol qui leur promettait une destinée plus douce. Il était naturel qu'elles conçussent une espèce de colère contre les dieux qui les avaient si mal protégées * et que leur ame s'ouvrît au désir de trquver des dieux plus propices. Si elles avaient débarqué chez des peuples dont le culte eût été constitué, elles l'auraient adopté sans hésitation. Mais depuis la chute de leur sacerdoce , les Pelages ne professaient qu'un fétichisme sauvage , dont les idoles anonymes n'étaient pasmême disciplinées et réunies en corps comme les fétiches égyptiens. Les colonies empruntèrent de la croyance indigène ce qu'elles purent en prendre. Elles donnèrent, ainsi qu'Hérodote nous l'apprendra tout à l'heure, des noms aux dieux qui n'en avaient point eu jusqu'alors (i). Elles remplirent de leurs sou-
(i) Les noms mêmes ne furent pas toujours égyptiens ;
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venirs les lacunes qui se présentèrent. Elles amalgamèrent avec les opinions de leurs concitoyens nouveaux, opinions qu'elles coordonnèrent, quelques-unes de leurs propres traditions. Les Pelages, de leur côté, durent se prêter facilement à cet amalgame. Les peuple ignorants pensent sur leurs dieux comme sur eux-mêmes. Ils croient que les étrangers savent et peuvent beaucoup de choses qu'euxmêmes ne savent et ne peuvent pas. Ils croient également que les dieux étrangers qui ont le mérite d'être inconnus , et l'avantage de n'avoir succombé dans aucune épreuve, peuvent et savent plus de choses que les divinités indigènes*
Si l'on arguait , contre cette tolérance réciproque, du genre d'intolérance particulier au polythéisme égyptien , nous voulons dire des guerres qui s'élevaient quelquefois en Egypte pour des animaux sacrés, nous répondrions que ces guerres étaient suscitées dans le pays par les rivalités des prêtres entre eux, et avaient
plusieurs furent tirés de la langue pélasgique : par exemple, les Charides, les Néréides. Voy. Hevne, deTheog. Hes,