‹ De la religionChapitre 181 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

qui combinait par une réunion peu étonnante, quand la cause en est connue , la plus subtile métaphysique avec le culte extérieur le plus révoltant. Mais ni cette métaphysique

est sans rapport avec la question. Orphée était vraisemblablement un nom générique en Thraoe, comme Bouddha aux Indes et Odin en Scandinavie. Les poëmes qui portent son nom sont d'une époque assez récente, postérieure même , selon toute apparence , au temps de Pisistrate, quoiqu'on ait accusé son contemporain Onomacrite de les avoir falsifiés. Ils semblent appartenir à la littérature d'Alexandrie, et ne pas remonter au-delà de l'établissement du christianisme. Mais il n'en est pas moins certain qu'il s'était introduit chez les Grecs, avant Homère , une doctrine sacerdotale venue de Thrace et nommée Orphique. Cette doctrine avait, suivant Hérodote , beaucoup d'analogie avec le culte de Bacchus , et ses dogmes physiques et métaphysiques étaient lès mêmes que ceux des Égyptiens et des Pythagoriciehs. (Hkroo. II, 81.) Arîstote fait aussi allusion à cette doctrine, qu'il croit égyptienne, et qu'il reconnaît avoir été développée pat* les philosophes de la Grèce. Les savants modernes l'ont, pour la plupart, considérée comme une portion de la religion grecque, et n'ont, en conséquence, étudié que ses rapports avec la mythologie, dans laquelle ils croyaient qu'elle devait avoir laissé beaucoup de traces. Cette manière de l'envisager n'avait qu'tthe vérité partielle. Si, comme plusieurs faits tendent à nous le faire présumer, les colonies thraces ap-

qui s'introduisit dans les systèmes de philosophie, ni ce culte extérieur qui se transforma dans les mystères en culte secret, ne prévalurent dans la religion publique (i). Les colonies thraces furent toujours odieuses aux chefs des tribus grecques : ils les combattirent souvent par la force ouverte ; et les

portèrent en Grèce la doctrine orphique, elle ne se mêla jamais à la croyance nationale; elle fut même complètement oubliée lors de la formation du véritable polythéisme , et n'entra pour rien dans sa composition. Au contraire, les premiers philosophes, ceux surtout de l'école ionienne, en rassemblèrent avec soin les moindres débris, et les amalgamèrent avec leurs systèmes.

(i)M. Creutzer en fait un reproche aux Grecs. Avant que les Homérides, dit-il, eussent, par leurs fables toujours nouvelles et par leurs traditions séduisantes, fasciné ce peuple enfant, une race de prêtres poètes avait placé la Grèce sous la sauvegarde salutaire de la religion. Un ordre sacerdotal , vénérable , puissant , comme en Egypte, par la musique et par la science, tenait sous sa tutelle instructive la multitude profane; et dans cette éducation nationale paraît s'être glissée une classification méthodiquement combinée ( l'auteur fait probablement allusion ici à la division en castes ). La métaphysique de l'Orient y était enseignée sous ses formes symboliques, et proclamait les grands axiomes de l'ame du monde, où tout vient se perdre, de la double harmonie

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