LIVRE V, CHAPITRE IV
Hérodote, qui nous transmet avec une gi*ande clarté tout ce qu'il avait recueilli de relatif à l'établissement de la religion grecque, et à l'influence que les colonies exercèrent sur sa formation , ne fait pas la plus légère mention de guerres religieuses élevées à cette occasion. « Autrefois, dit-il, les Pelages offraient « des sacrifices , accompagnés de prières , « comme on me l'a raconté à Dodone. Mais « ilsnedistinguaientpar aucun nom particulier « les êtres qu'ils adoraient (i), car ils n'avaient « reçu à cet égard aucune information. Us
(i) M. Creulzer (Introd. p. 3, traduct. de M. Guigniaud) tire de ce passage d'Hérodote un résultat diffévent du nôtre. On dirait, d'après son exposition du sens de l'auteur grec, que les Pelages adoraient leurs dieux auonymes d'une manière collective, comme puissances occultes,* et sans s'occuper de leur nature; ce qui ne serait plus du fétichisme, mais un culte contemplatif et mystique, fort au-dessus de l'état sauvage. Après avoir revu de nouveau le paragraphe d'Hérodote , même dans l'édition de Schweighaeuser, citée par M. Creutzer, qui relève avec raison l'inexactitude de Larcher, nous n'y avons rien trouvé qui autorisât la supposition de l'auteur allemand ; et nous sommes surpris que cet écrivain qui, dès les pages suivantes, reconnaît Pausanias pour une autorité respectable, n'ait pas rencontré dans ce compilateur mille preuves du peu de fondement de son hypothèse.
«'les appelaient simplement dieux, pour dé- « signer les ordonnateurs de toutes choses. (( Long-temps après, des Égyptiens leur appri- « rent les dénominations qu'il fallait leur don- « ner. Ils consultèrent l'oracle pour savoirs'ils « devaient se conformer à ces instructions ve- « nues des Barbares- Ils en obtinrent la per- « mission. Dès lors ils en usèrent dans leurs « cérémonies religieuses..... Mais ils ignorèrent « encore, presque jusqu'à notre temps, d'où « chacun de ces dieux tirait son origne, et « s'ils avaient tous existé comme à présent.... « Homère et Hésiode composèrent pour les « Grecs les générations divines.... assignèrent « aux dieux leurs fonctions et leurs dignités, « et dessinèrent leurs formes (i). » Thucydide, bien plus érudit et plus philosophe qu'Hérodote, n'attribue pas plus que lui la révolution qui s'opéra dans le culte grec à des guerres, religieuses (2).
(1) Hérod. Il , 5î , 53.
(2) L'existence de guerres religieuses dans l'ancienne Grèce n'est admissible qu'en adoptant deux suppositions, qui sont l'une et l'autre également opposées au système des savants français. La première, c'est que ces guerres