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LIVRE V, CHAPITRE IV

L'influence des colonies sur la formation du

auraient pris naissance dans les rivalités des prêtres, lorsque la Grèce était soumise au pouvoir théocratique. (Voy. ci-dessus, ch. IL ) L'exemple de l'Egypte nous apprend que, chez les peuples sacerdotaux, les rivalités des prêtres entre eux peuvent donner lieu à des guerres acharnées, au lieu que nous ne voyons chez aucun peuple sauvage les jongleurs en exciter. Les tribus grecques, comme les habitants des nomes de l'Egypte, ont pu se battre entre eux pour leurs divinités locales. Il y a des vestiges d'une lutte sanglante entre le culte d'Apollon et celui de Bacchus. ( Voy. Creutzer. ) C'est peut-être aussi à des événements de ce genre que ce rapporte le fameux passage de la théogonie (6'.»g-634), le plus positif de tous ceux qui nous sont parvenus. La seconde supposition, c'est que les traditions relatives à ces guerres font allusion au renversement des prêtres par les guerriers. (Voy. ci-dessus, ibid.) Mais alors ces guerres étaient plutôt anti-religieuses , puisqu'elles eurent pour résultat l'expulsion des prêtres et la destruction d'un culte sacerdotal. Dans les deux hypothèses, ces événements ont précédé la rechute des Grecs dans l'état sauvage. En les faisant descendre à l'époque de la seconde civilisation de la Grèce par les colonies , immédiatement avant les temps héroïques , on a commis un anachronisme; et cet anachronisme nous semble avoir entraîné deux érudits, d'ailleurs très-recommandables, MM. Fréret et de Sainte- Croix, dans un système étroit, comme tout système qui part d'une seule idée. Ne voyant dans les divinités grecques que les prêtres de ces divinités, et dans leurs légendes que les circonstances de l'établissement de leur culte et de l'opposition qu'il put rencontrer, ils ont bien

polythéisme grec fut donc très-bornée (i). Le fétichisme pélasgique fournit la plupart des

recueilli, en faveur de leur hypothèse, des faits de détail, et découvert des vérités partielles : mais il ont aussi rendu d'autres faits de détail inexplicables , ils sont tombés dans des erreurs partielles non moins nombreuses. Ainsi , pour expliquer la mort de Cadmille , dans les mystères cabiriques, M. de Sainte- Croix se contente d'affirmer que ce récit est relatif sans doute au meurtre de quelque ancien prêtre. (Des Myst. éd. de M. de Sacy, I, 55. ) Méprise grave ! la mort de Cadmille est une allusion astronomique, comme la mort d'Adonis, d'Osiris, etc. L'identité des fables aurait frappé le savant français, s'il eût fait attention à l'identité des cérémonies.

(i) Nos lecteurs se tromperaient, s'ils pensaient que nous méconnaissons complètement l'action des colonies thraces ou égyptiennes sur la religion grecque. Nous nous bornerons à dire que ces colonies n'influèrent pas sur cette religion, de manière à détourner ces peuples de la marche naturelle , pour y substituer la marche sacerdotale. Leur influence fut politique plus que religieuse. Plusieurs institutions sociales leur sont attribuées. Jusqu'à elles remontent les familles royales, au moins par les femmes. Telles sont celles des Atrides et des Labdacides. Certains pays , le Peloponèse par exemple , portent le nom de leurs chefs, ou, ce qui est plus vraisemblable , les chefs prennent le nom des pays où ils abordent. Mais tout cela ne prouve que la fusion de deux peuples ou de deux degrés de l'état social. La religion entre pour sa part dans cette fusion , autant et pas plus que le reste. Il y a partout symptôme de transaction, et

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