LIVRE V, CHAPITRE IV
matériaux. Les colonies y ajoutèrent plusieurs fables, et surtout beaucoup de rites (i). Mais elles ne substituèrent point par la force (2) un
les symptômes de cette transaction sont manifestes. Ainsi un prêtre thrace à la tête des habitants d'Eleusis, et le roi d'Athènes, Érechtée, se partagent le sacerdoce et la royauté. Le roi garde son trône : le prêtre obtient pour lui et sa famille les fonctions sacrées (Sainte-Croix, éd. de M. de Sacy, I, n5); mais ces fonctions sacrées se modifient suivant les idées grecques. Les Eumolpides ne jouissent point en Grèce d'une autorité semblable à celle du Thrace leur fondateur, et la religion publique ne se ressent point de ce qu'ils peuvent conserver de doctrines exotiques.
(1) « Si la religion chrétienne se répandit dans le « continent de l'Asie et de l'Europe, elle y fut d'abord « moins connue par ses dogmes secrets que par ses lé- <> gendes et ses rites. » Sainte-Croix , des Myst.
(2) Nous ne voulons point dire qu'il n'y ait pas eu quelque résistance de détail. On voit, dans plusieurs écrivains, des traces d'une sorte de lutte entre le fétichisme et le polythéisme qui le remplaça. Cénée, contemporain de Thésée, adorait sa lance et forçait les passants à l'adorer. (Apollon. Argonaut. I, 56. Eustath. ad Iliad. I. Voss. de Orig. et progress. idolol. IX , 5. ) La victoire d'Apollon sur le serpent Python pourrait bien avoir été une réminiscence pareille, qui peut-être même remontait plus haut. Car l'oracle de Delphes, avant la défaite des Phocéens par les Doriens, était consacré, diton, à la Terre, divinité du sacerdoce pelage. Le succès
culte à un autre. Elles ne transportèrent point dans leurs nouveaux établissements la croyance de leur ancienne patrie. Elles n'avaient ellesmêmes sur cette croyance que des idées trèsinexactes et très-imparfaites. Elles ne donnèrent point une religion aux Grecs: elles les placèrent seulement dans un état de civilisation qui devait modifier la forme de leurs idées religieuses.
Quant à un petit nombre d'instituts sacerdotaux, apportés de Thrace , d'Egypte , ou de Phénicie , ces instituts ne prirent racine que dans quelques villes dont la position locale les favorisait, et qui cependant n'occupèrent longtemps qu'un rang secondaire. Ainsi, par exemple, la nature avait réuni autour de Delphes tout ce qui met en fermentation la superstition et l'enthousiasme. De vastes abîmes exhalaient des vapeurs méphitiques qui jetaient dans le délire ceux qui les respiraient. Des sources innombrables bouillonnaient de toutes parts. Des grottes impénétrables au jour pro-
dcs Doriens consolida la divinité d'Apollon , qui devint le dieu national de la Phocide. Mais il y a loin de ces faits partiels à des guerres générales entre les Pelages et les e'trançers.